1900
Novecento - Italie, France, Allemagne - 1976
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « 1900 »
Genre : Drame, Historique
Réalisateur : Bernardo Bertolucci
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0, Italien et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 318 minutes
Distributeur : Wild Side Video
Date de sortie : 21 novembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « 1900 »
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LE PITCH
La destinée de deux hommes, l’un fils de paysan, l’autre fils de propriétaire terrien, du jour de leur naissance, à la mort de Verdi, à celui de la Libération en avril 1945. Un demi-siècle d’histoire italienne vu sous le prisme de l’avènement simultané du communisme et du fascisme.
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Le Cours de l'histoire

Bernardo Bertolucci nous a quittés récemment. Dans une indifférence quasi générale, il faut bien le dire. L'aura du cinéaste transalpin avait été, ces dernières années, quelque peu ternie par les déclarations de la comédienne Maria Schneider l'accusant d'avoir détruit sa vie et sa carrière, lors de la célèbre scène de sodomie (simulée) entre elle et Marlon Brando, dans Le Dernier Tango à Paris. À l'heure de l'affaire Weinstein, des mouvements «Me Too» et «@balance ton porc», de tels agissements sont bien évidemment à déplorer. Mais l'on se doit de rappeler à quel point le réalisateur a compté. Son œuvre, du moins dans la première partie de sa carrière, dégage une force et une ambition démesurées. À la fois romanesque et critique, allégorique et naturaliste. Esthétique et politique.

Fils d'un poète et critique de cinéma parmesan, Bertolucci a appris le métier en tant qu'assistant de Pier Paolo Pasolini. Co-scénariste avec Dario Argento d'Il était une fois dans l'Ouest, le metteur-en-scène est également l'auteur de deux films parmi les plus importants des années soixante : Le Conformiste et Le Dernier Tango à Paris. Adapté du roman éponyme d'Alberto Moravia, le premier est un thriller transgressif, pervers, éminemment sensoriel. En plus de cadrages novateurs et de la photographie en clair obscur de Vittorio Storaro (futur chef op' d'Apocalypse Now), il est porté par l'interprétation génialement ambiguë de Jean-Louis Trintignant dans le costume d'un homosexuel refoulé ayant rallié la police secrète fasciste pour se fondre dans le moule. Le second ressemble à une marche funèbre, érotique et décadente, transcendée par la présence tout aussi monumentale d'un Marlon Brando au bord du gouffre. Bref, deux longs-métrages qui semblent annoncer 1900, proposée ici dans sa version intégrale et entièrement remastérisée en haute-définition. Le grand œuvre de Bertolucci. Du moins, l'essai qui rassemble la plupart de ses thèmes et de ses obsessions.

À l'origine prévue pour la télévision, scindée en deux parties et longue de plus cinq heures, cette fresque historique prenant lieu et place au coeur d'une exploitation agricole de la Plaine du Pô, ne ressemble à rien de connu. Aux confins de la mégalomanie (c'est lui qui le dit dans les suppléments), Bertolucci a l'audace inouïe de mêler la petite et la grande histoire dans un seul et même élan et de proposer un exercice cinématographique à la fois populaire et cérébral. En résulte un film-fleuve parfois rebutant, souvent passionnant, qui pose un regard distancié sur la lutte des classes. Un regard ultra sexualisé, d'une violence extrême, mais traversé de pures visions de cinéma. Épaulé (une fois de plus) par la photo de Vittorio Storaro et la partition d'Ennio Morricone, le réalisateur évoque la barbarie de l'homme avec les yeux d'un poète.

 

art hybride


Un peu à la manière d'un opéra, 1900 se joue perpétuellement de la chronologie et nous donne à contempler des bribes de vie; une succession de théâtralisations allégoriques qui semblent comme exhumées de l'espace temps. Certaines séquences restent d'une beauté inaltérable : les danses paysannes sur les rives du Pô, les miliciens évoluant au trot dans la brume épaisse, les ouvriers agricoles s'attelant aux vendanges sous le vacarme assourdissant de la moissonneuse-batteuse ou ces partisans qui, à la toute fin, brandissent de manière utopique un colossal drapeau rouge composé de mille et un fanions. D'autres scènes traduisent une brutalité sourde, voire répugnante, notamment l'exécution sommaire de sympathisants communistes sous une pluie battante, la mise-à-mort d'un chaton ou le viol puis le meurtre insoutenable d'un enfant tué des mains d'Attila, le contremaître fasciste (si sordidement incarné par Donald Sutherland). Sans omettre les scènes de sexe explicite, signature du metteur-en-scène. Avouons-le, le film n'est pas à mettre entre toutes les mains. À l'époque, la première partie de 1900 fut interdite aux moins de 16 ans. Et la deuxième, aux moins de 18 ans. D'ailleurs, entre les deux parties, on appréciera un peu moins la première, trop illustrative, voire candide, et entachée par un symbolisme souvent pesant (en gros, les bons paysans idéalisés contre les méchants exploitants). La seconde partie, en revanche, se révèle beaucoup plus sombre et déroutante. Bien plus malade, putride et dérangée. En une suite de séquences dilatées et hautement déstabilisantes, Bertolucci ausculte les mécanismes abjects qui, inéluctablement, conduisent au fascisme.

Pour mener à bien ce projet titanesque, le réalisateur ne recula devant rien. Le tournage s'est étalé sur près d'un an et le rendu final marque les esprits par son aspect cosmopolite. Bertolucci l'a souvent répété. Il ne s'est jamais senti à sa place au sein du septième art italien qui, à l'époque, était pourtant l'un des plus influents au monde. Ses inspirations se trouvent ailleurs : du côté de la Nouvelle Vague et des hérauts du Nouvel Hollywood (parmi lesquels Francis Coppola avec qui il a toujours entretenu des rapports étroits et avec qui il partageait ce même goût du risque et de la démesure). À l'image du Conformiste et du Dernier Tango à Paris, la distribution et l'équipe technique sont à la limite du fantasme : Robert De Niro (qui venait d'exploser chez Scorsese et dans Le Parrain II) et Gérard Depardieu (dans son premier grand rôle après Les Valseuses) associées à deux légendes de l'âge d'or, Burt Lancaster et Sterling Hayden. Cet aspect hybride, fusionnel, est à la base même du cinéma de Bertolucci première période (il se perdra plus tard dans la réalisation de superproductions fastueuses mais dépourvues d'âme et de cet incroyable esprit de subversion). Un cinéma qui se veut total. Omniscient. Universel. Un cinéma qui explore souvent le passé pour mieux traiter du présent. Soit, dans le cas de 1900, l'Italie des «Années de Plomb», frappée de plein fouet par le terrorisme et tiraillée entre l'extrême-droite et l'extrême gauche. Lors de l'une des dernières scènes du 1900, Olmo/Depardieu scande ces mots : «le patron est mort». Une incantation on ne peut plus d'actualité.

Gabriel Repettati








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Image:
Comme à son habitude, Wild Side a mis les petits plats dans les grands et propose une version de 1900 dans son montage définitif et intégral. Le rendu HD est absolument somptueux et écrase toutes les précédentes versions du film (notamment l'hideux DVD Paramount et son montage américain raccourci à seulement deux heures). La restauration numérique est née d'une collaboration étroite entre la 20th Century Fox et Paramount Pictures, en association avec l'Istituto Luce-Cinecitta et la Cinémathèque de Bologne. La transfert 4K a été entièrement supervisé par Vittorio Storaro et Bertolucci en personne. Le résultat visuel, à la fois mélancolique et nuancé, se révèle ébouriffant et rend parfaitement hommage à l'art si singulier du chef opérateur culte. La colorimétrie s'adapte aux différentes saisons: automne, hiver, printemps, été. La plupart des impuretés ont été gommées. Les contrastes, les textures et les détails ont gagné en clarté, y compris en basse lumière. Du travail d'orfèvre, vraiment.

 


Son:
Niveau son, c'est un peu plus compliqué en raison du casting cosmopolite de 1900. Mais cela reste extrêmement satisfaisant L'édition collector propose donc trois versions : une italienne, une américaine et une française. On optera pour la piste anglaise qui nous paraît la plus fidèle aux souhaits du cinéaste. Le son est limpide, la distorsion quasi absente. Quant à la musique du maestro Morricone, elle prend enfin toute son ampleur grâce à un étalonnage subtil, dynamique et savamment équilibré.

 


Interactivité:
Du côté des suppléments, c'est Noël avant l'heure. Le coffret est juste somptueux. Il rappelle celui de Rusty James, sorti il y a plus d'un an, toujours chez Wild Side. On y trouve des visuels inédits, ainsi qu'un livret exclusif rempli d'anecdotes de tournage et de photos d'archives. Nous avons également droit à plusieurs entretiens. Clou du spectacle, une longue interview de Bertolucci, captée peu de temps avant sa mort. Le réalisateur y revient sur la création et le tournage du film. Il nous rappelle avoir voulu faire la synthèse entre le réalisme et l'opéra. Il insiste également sur l'aspect mégalo du projet et son sous-texte volontairement politique. À ce titre, le cinéaste nous apprend que les producteurs américains ont d'une certaine manière dénaturé la version de la Paramount, car ils s'offusquaient de voir «autant de drapeaux rouges» à l'écran ! Bertolucci compare 1900 à un défi en mouvement perpétuel, une gigue populaire, une sorte de transe infinie censée nous choquer et nous interpeller. Pari réussi. Vient ensuite un entretien avec Storaro, tout aussi éclairant. Le chef opérateur livre certains secrets de fabrication, notamment son souhait de se rapprocher le plus possible des maîtres de la peinture. On appréciera enfin les interviews de De Niro et Sutherland. Le premier, fidèle à lui même, insiste sur la manière dont il a abordé son personnage d'Alfredo, le riche propriétaire terrien, avec le perfectionnisme qu'on lui connaît. Le second est plus truculent et compare Bertolucci à «un poète irlandais... sauf qu'il est Italien.»

Liste des bonus : Coffret exclusif contenant 2 blu-ray pour le film (318'), 1 blu-ray pour les bonus (213'), 2 DVD pour le film (306'), 1 DVD pour les bonus (213'), 1 livret exclusif présentant le texte «L'enfant et les grenouilles» par Giuseppina Sapio, spécialiste de l'oeuvre de Bernardo Bertolucci, portofolio du film tiré d'archives rares (160 pages). Suppléments : «1900 ou le siècle inachevé», entretien avec Bernardo Bertolucci autour de la genèse du film (39'), «Une image rêvée», histoire d'une restauration par Gian Luca Farinelli, directeur de la Cinémathèque de Bologne (33'), «Une image rêvée», conversation avec Vittorio Storaro (52'), «Un Américain à Parme», interview de Robert De Niro (8'), «La mort du chat», souvenirs de tournage par Donald Sutherland (19'), «Le cinéma selon Bertolucci», making of d'époque de Gianni Amelio (62').

 
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