THE STORY OF WOO VIET
Woo Yuet dik goo si - 胡越的故事 - Hong-Kong - 1981
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Genre : Thriller
Réalisateur : Ann Hui
Musique : Lam Man Yee
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0 Cantonnais
Sous-titre : Français
Durée : 90 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 15 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Wu Yuet, un jeune réfugié vietnamien, quitte Saigon sur un bateau de fortune en direction de Hong-Kong, sa porte d’entrée pour les Etats-Unis. Sa fuite tourne vite au drame lorsque la jeune femme qu’il rencontre dans le camp de réfugiés est kidnappée par un proxénète philippin. Woo Viet se tourne alors vers un destin de tueur à gages.
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Finalement très peu connue en occident en dehors d'opus facilement définissables comme Boat People ou le petit drame doux-amer Une Vie simple, la réalisatrice Ann Hui est pourtant une figure incontournable depuis ses débuts à la fin des années 70, mariant les genres avec une ambition toujours personnelle, comme en atteste The Story of Woo Viet.

Rare réalisatrice à avoir réussi à se faire une place dans le milieu très masculin du cinéma hongkongais, Ann Hui fut l'une des fers de lance de la fameuse Nouvelle Vague chinoise des années 80 et la découverte d'auteurs comme Tsui Hark ou John Woo. Cette dernière a d'ailleurs plus ou moins connu le même parcours, de la télévision à son expérience comme assistante aux cotés de King Hu, mais a rapidement fait sa différence en montrant une approche systématiquement plus thématique que formelle, où le facteur humain prend inévitablement le pas sur l'action. Un cas d'école dans une industrie privilégiant le cinéma de genre, le spectacle populaire à grands renforts de prouesses martiales, de poursuites aux cascades délirantes et de héros romanesques.
Largement moins coélèbre chez nous que le drame dénonciateur Boat People (aka Passeport pour l'enfer), The Story of Woo Viet est pourtant avec son segment d'une série de reportage télévisé Boy From Vietnam, l'épisode central de ce qu'elle appellera ensuite sa « trilogie du Vietnam » se confrontant directement aux conséquences de la fameuse guerre, des persécutions qui suivirent et des flots de réfugiés qui tentèrent de se créer une nouvelle vie en Chine et les autres pays du continent asiatique. Le premier était donc un documentaire, le dernier un film dossier frontal dans la veine des occidentaux La Déchirure ou Under Fire, celui du milieu est une tentative plus curieuse d'aborder ce sujet ardu et complexe sous la forme d'un film d'action made in HK. Une expérience qu'elle renouvellera à plusieurs occasions (on pense ici au formidable The Stunt Woman avec Michelle Yeoh), mais qui ici prend parfois des airs de collage un peu sec.

 

les amants interdits


La première séquence débute ainsi sur une image terrible d'un groupe de réfugiés en train de dépérir sur une barque de fortune, voit une mère abandonner le cadavre de son bébé au fil d'une eau boueuse, avant que le visage de Woo Viet ne prenne le pas et devienne le centre de la mise en scène. Ce visage, c'est celui de Chow Yun Fat, alors déjà star de la télévision mais au charisme et à la présence déjà éclatante, qui entraine presque malgré lui le film vers le romanesque. Exacerbé dans cette romance passionnelle qui le lie à la très jolie Cherie Chung (Happy Together, Peking Opera Blues), pour laquelle il sera prêt à faire tous les sacrifices. Elle est forcée par la mafia de se prostituée dans les rues de Manille ; lui accepte de devenir assassin pour payer sa liberté, et bien entendu le couple tragique quitte systématiquement un enfer pour en trouver un autre. Une figure de l'enfermement, une réflexion politique et sociale, qui vont cependant rester constamment au second plan, dans cette trame de thriller relativement prévisible certes, mais souvent touchante. Le talent des jeunes acteurs y est pour beaucoup, mais l'économie de la réalisatrice tout autant. En privilégiant une image forte et réaliste, une mise en scène discrète et une énergie contenue, Ann Hui esquive les pièges du mélodrame pesant, et livre même quelques scènes d'action admirablement construites, fluides et nerveuses... Aidée il est vrai par le très grand chorégraphe martial Ching Siu Tung (Duel to the Death, Histoires de fantômes chinois, The Killer).

Définie par Ann Hui comme une authentique série B, The Story of Woo Viet n'est sans doute pas son film le plus maitrisé, y diluant trop son propos en quêtant une certaine efficacité. Efficacité quelle a trouvée cependant.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Film rare et totalement inédit en France, The Story of Woo Viet est fortement marqué par l'esthétique un peu brute des films HK du début des années 80. Des métrages souvent tournés sur des pellicules peu coûteuses avec une photographie directe et réaliste, dont le grain éclaté et les couleurs un peu ternes ne sont pas toujours faciles à mettre en valeur sur format HD. Ici d'ailleurs il semble incertain que la copie d'origine ait été restaurée à la source, paraissant surtout marquée par l'utilisation d'outils numériques permettant certes des cadres très propres et stables, mais aussi des arrières plans un peu écrasés et un piqué pas toujours idéal. Si certains gros plans affirment une image bien définie, fourmillante mais sans dénaturer l'esthétique voulue, d'autre perdent leurs textures dans des sensations de lissé un peu dommageable.

 

Son :
Présenté dans un DTS HD Master Audio 2.0 assurant une restitution idéale, la version cantonaise d'origine est certes claire et confortable mais laisse entendre fréquemment tous les soucis de captation de cette époque là avec quelques grésillements, petits saturations et autres coupes un peu abruptes.

 


Interactivité :
Si The Story of Woo Viet arbore en effet un déjà charismatique Chow Yun Fat en tête d'affiche, on se demande encore pourquoi Spectrum a décidé de placer le très célèbres, et supérieur Boat People comme un simple bonus du premier. S'il n'est pas disponible en DVD, il est ainsi glissé en double programme du Bluray dans une copie HD honorable tout à fait dans la veine de l'autre film d'Ann Hui. Un film dossier passionnant, sec, cru et sans concession qui achevait la « trilogie vietnamienne » de la réalisatrice avec une intensité inoubliable, mêlant actualité atroce et positionnement du journaliste témoin, incarné ici par un admirable George Lam.
Un supplément de taille qui est loin d'être orphelin puisque le petit éditeur défricheur de cinéma asiatique glisse en sus une interview inédite de la réalisatrice qui raconte très sobrement ses débuts dans le métier, sa collaboration avec Chow Yun fat et les liens entre les trois films de la « trilogie ». Cette dernière est complétée par celle du producteur Teddy Robin Kwan (City on Fire) qui manie la fausse-modestie avec beaucoup de talent, mais sait aussi rappeler celui de la cinéaste. Enfin, la galette comporte les items habituels de l'éditeur : une introduction bien menée par Arnaud Lanuque et une critique « youtube » de The Film Talker.

Liste des bonus : Le film « Boat People » (Tau ban no hoi) pour la première fois en HD (1982, 109'), Interview exclusive de la réalisatrice Ann Hui (13'), Interview du producteur Teddy Robin Kwan (10'), Présentation des films par Arnaud Lanuque (10'), Critique par The Film Talker (8'), Bande-annonce.

 
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