VIOLENT COP / JUGATSU / SONATINE
ono otoko, kyobo ni tsuki - その男、凶暴につき, 3-4x jugatsu - 3-4X10月, Sonachine - ソナチネ - Japon - 1989 / 1990 / 1993
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Réalisateur : Takeshi Kitano
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 292 minutes
Distributeur : Wild Side Video
Date de sortie : 21 novembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Flic solitaire et désabusé, Azuma utilise des méthodes expéditives pour faire respecter la loi. Il décide de faire justice lui-même quand il découvre qu’un gang de yakuzas est responsable de la mort de son meilleur ami et du viol de sa jeune sœur. / Jeune pompiste et joueur de baseball empoté, Masaki répond aux injures d’un client yakuza par un coup de poing maladroit aux lourdes conséquences. Pour sauver la face et la réputation de son clan, l’offensé revient quelques jours p...
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Kitano par Kitano

Artiste japonais complet et protéiforme, Takeshi Kitano est surtout reconnu en France depuis le milieu des années 90 comme un cinéaste pointu, auteur de polars à la fois noirs et burlesques. Ses premières réalisations Violent Cop, Jugatsu et Sonatine, Mélodie mortelle dessinent les contours d'une oeuvre aussi divertissante que riche et passionnante.

Sorti en 1989, Violent Cop est la première réalisation de Kitano, jusqu'alors animateur bouffon de télévision, mais aussi comédien au cinéma (Furyo de Nagisa Oshima qui l'a fait connaître en Occident). Initialement pressenti pour incarner le premier rôle du film, Kitano prend du galon et succède finalement derrière la caméra à Kinji Fukusaku (Combat sans code d'honneur, Battle Royale). Alors que le comique de télévision a habitué les Japonais à un style humoristique variant entre l'extrêmement léger et le très graveleux, il livre sur grand écran, et un peu à la surprise générale, un polar tendu et soigné, une oeuvre qui, à rebours, apparaît comme une véritable appropriation personnelle puisqu'on y trouve déjà en germes les prémisses du "style Kitano" qui irriguera l'ensemble de sa filmographie. Dans Violent Cop, "Beat Takeshi" (son nom de scène) campe Azuma, un flic irascible et taciturne, aux accès de violences brutaux et incontrôlables. Il met à jour un réseau de flics corrompus à la solde d'un chef yakuza et part dans une quête de vengeance immuable. Alors qu'on pourrait rapidement l'assimiler à un Dirty Harry japonais, le personnage incarné par Kitano se veut bien plus multiple et complexe qu'une simple transcription du flic hard-boiled campé par Clint Eastwood. Doté d'un sens aigu du devoir, d'un code d'honneur inébranlable, Azuma est également attentif à une soeur déficiente mentale. Il est surtout un personnage entre deux eaux, qui trouve dans la violence un exutoire à une existence continuellement sous pression. Formellement, Violent Cop affirme déjà le goût du cinéaste pour les longs plans fixes, les personnages immobiles dans le cadre, la violence omniprésente, l'autodestruction des protagonistes et une propension à l'humour noir. Tout cela parfois au sein d'une même scène ou d'un même plan, lorsque Azuma se prend à tabasser, inlassablement et de manière imperturbable, les petites frappes qui se dressent face à lui. Cette association fait tout le sel de Violent Cop (et du cinéma de Kitano en général). Le réalisateur met en scène des séquences fortes et puissantes, dès l'introduction où un SDF est tabassé par une bande d'adolescents, lors d'une course-poursuite décalée avec un voyou ou encore à l'occasion d'un affrontement final entre Azuma et ce que l'on peut considérer comme son double négatif, qui s'achève dans un bain de sang, venant souligner la porosité des frontières entre flics et malfrats, good guys et bad guys. Un premier essai marquant pour Kitano, et déjà l'affirmation d'un style, si ce n'est totalement maîtrisé, au moins identifiable et véritable proposition de cinéma, qu'il n'aura de cesse d'affiner par la suite.

 

en marge du système

 
La suite, c'est dès l'année suivante, en 1990, avec Jugatsu, seconde réalisation de Beat Takeshi, qui ouvre un peu plus son cinéma vers l'absurde et le burlesque. On y suit cette fois-ci un jeune pompiste mutique, amateur de baseball et qui se retrouve un peu malgré lui la cible d'une bande de yakuzas.
Autant Violent Cop s'articulait autour d'un canevas relativement classique de polar, autant Jugatsu emprunte des chemins moins attendus (Kitano est l'auteur du scénario). Il y poursuit l'auscultation attentive de ses personnages, un peu lunaires et naïfs, toujours en marge d'un système dans lequel ils ne parviennent pas à trouver leur place. C'est le cas du jeune pompiste Masaki, très beau personnage perdu au sein d'une intrigue qui le dépasse. Ce n'est pas pour rien si on le découvre pour la première fois enfermé dans l'exiguïté des toilettes. Il rencontre un yakuza aux tendances psychopathes (incarné par Kitano) qui pourrait être un prolongement logique d'Azuma de Violent Cop. Plus encore que dans son premier film, Kitano s'attarde dans Jugatsu sur ces moments en creux, s'intéressant en premier lieu aux liens qui se tissent entre les personnages, entre deux scènes de violence. Soumis aux codes du film de yakuza dans Violent Cop, il commence à fêler ici le carcan pour s'en extraire. Geste qu'il amplifiera encore davantage par la suite. On y trouve ses premières séquences de jeux sur la plage, absolument fascinantes dans leur aspect anecdotique pourtant si trompeur. Il dépeint une petite bande de protagonistes, personnages en suspension, manifestant autant de colère, d'accès de violence que d'humour.
L'absurde y est poussé un cran au-dessus, tandis que les cadres de Kitano, à la pureté indéniable, éblouissent et déstabilisent, colorant l'ensemble du film d'un sentiment de liberté... Un deuxième essai, peut-être un peu moins accessible que Violent Cop, encore un peu brouillon dans ses tentatives, mais rendu passionnant par ces mêmes audaces, et qui marque une belle progression au sein d'un style naissant qui s'affirme de plus en plus...

 

jeux de plage


Après A Scene at the Sea sorti en 1991, Kitano revient au récit de Yakuza, au polar comme il en a le secret avec Sonatine, Mélodie mortelle en 1993. Quatrième réalisation donc, et premier chef d'oeuvre du cinéaste.
Avec Sonatine, Kitano revient au film de Yakuza. Il dépeint une guerre des gangs sanglante, où deux camps rivaux s'opposent. Il y interprète Murakawa, un personne brutal dans la droite lignée de ses précédents, mais littéralement lassé de sa condition de Yakuza. Alors que le récit promet un affrontement entre les deux clans, Kitano se joue des codes du genre et envoie ses gangsters dans une planque au bord de la plage. Exit les fusillades et la violence. Le réalisateur s'amuse à filmer les longues journées d'oisiveté de ses gangsters à creuser des trous dans le sable, à s'envoyer des feux d'artifices ou à mimer des sumos. On comprend dès lors que les personnages sont le coeur réel du récit "kitanien", la base et le moteur de ses films. L'envers du décor de ces soldats du crime organisé... Magnifié par des plans de plus en plus précis et esthétiques, au sein d'une mise en scène accordant davantage de place aux mouvements de caméra, Sonatine croise en permanence violence et innocence, ou comment jouer avec un revolver chargé, s'adonner à une bataille de feux d'artifice en y incluant une fois encore un flingue. Porté tour à tour par les silences, et par la sublime musique de Joe Hisaishi (compositeur avec lequel Kitano collaborera à sept reprises), Sonatine est le récit d'une rédemption. Celle de son gangster fatigué, qui passera évidemment pas la vengeance, le sang, et le sacrifice. Avec ce quatrième film, Kitano raconte à peu près toujours la même histoire, où la contemplation et l'attente ont la part belle, où les personnages s'échappent d'une réalité triste et agressive par un retour à l'innocence et à l'enfance, et dans laquelle perce toujours ce romantisme, cette pointe de mélancolie sourde. Mais où la violence se rappelle aux personnages et leur revient toujours brutalement, tel le frisbee qu'ils s'échinent à essayer de viser...

A la fois attendu et pourtant toujours surprenant, cette superbe mélodie mortelle poursuit l'exploration de Kitano pour les contradictions : harmonie et chaos, violence et romantisme. Il a également l'inestimable mérite d'annoncer Hana-Bi (1997), l'opus kitanien le plus célébré à ce jour. A juste titre...

Nicolas Mouchel














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Image :
A l'instar des récentes galettes proposées par le concurrent La Rabbia (soit Hana-bi et les suivants), la sobriété et la délicatesse des photographies des films de Kitano n'ont pas forcément matière à exploser les standards du support HD. Cela n'empêche pas les présentes restaurations d'être une fois encore tout à fait solides, pointues et admirables, préservant les reflets argentiques, le grain d'origine, tout en redonnant une vraie profondeur et une fraicheur inédite aux couleurs.

 


Son :
Les films sont proposés dans leur stéréo d'origine avec tout de même un DTS HD Master Audio de circonstance qui vient souligner là encore une restauration d'excellente qualitée. La version française est présente mais franchement dispensable tant elle semble toujours à distance, loin de la poésie de Kitano.

 


Interactivité :
Trois entretiens avec Benjamin Thomas, Maître de conférences, spécialiste de Kitano et auteur de "Takeshi Kitano : Outremarge" et "Le Cinéma Japonais d'Aujourd'hui : Cadres incertains". Trois modules d'une vingtaine de minutes chacun qui reviennent sur des thématiques du cinéma de Kitano, et mettent en perspective chacun des trois films présentés. Érudit et passionnant.

Liste des bonus : Le Centre et la marge (22'), A propos des genres (20'), Le Champ de spossibles (25').

 
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