LE FANTôME DE MILBURN
Ghost Story - Etats-Unis - 1981
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Genre : Fantastique
Réalisateur : John Irvin
Musique : Philippe Sarde
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 12 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Un hiver particulièrement rude vient de s'abattre sur la petite ville de Milburn, en Nouvelle-Angleterre. Au coin du feu, un verre de cognac à la main, quatre vieillards se racontent des histoires de fantômes. Bientôt, l'un d'eux apprend que son fils vient de mourir dans d'étranges circonstances …
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histoires à dormir debout

Avec une régularité qu'il convient de saluer, Elephant Films continue de déterrer des titres tombées aux oubliettes du catalogue Universal pour le plus grand plaisir des cinéphiles. Adapté d'un best-seller de Peter Straub, Le Fantôme de Milburn est malheureusement loin d'être une réussite. Et, s'il mérite que l'on s'y attarde un tant soi peu de nos jours, c'est essentiellement grâce à son pedigree prestigieux (et un peu aussi le zizi de Craig Wasson).

Publié au début de l'année 1979, Ghost Story est le cinquième roman de l'américain Peter Straub. Et son premier succès après six années de galère. Plutôt dense et complexe, l'intrigue tourne autour d'un club de notables du troisième âge, la Chowder Society, et du terrible secret qui les ronge depuis presque un demi-siècle. Un secret qui finit par se transformer en une redoutable malédiction capable de s'abattre sous différentes formes. Straub construit à la fois un hommage déférent à la littérature horrifique classique (on pense notamment à Bram Stocker et Edgar Allan Poe) et le portrait d'une Nation hypocrite, effrayée par les femmes et littéralement hantée par ses démons. Enthousiaste, Stephen King y voit même l'un des plus grands romans d'horreur du XXème siècle, comme il s'appliquera d'ailleurs à le démontrer dans son fameux essai, « Anatomie de l'horreur ».


Un tel matériau ne pouvant décemment laisser insensible les studios hollywoodiens, Universal en acquiert les droits et fixe une sortie pour Noël 1981 afin de coller à une histoire qui se déroule pour l'essentiel sous un épais manteau neigeux. Applaudi pour son adaptation du Carrie de Stephen King que Brian de Palma réalise en 1976, Lawrence D. Cohen est engagé en toute confiance. Vient ensuite le cinéaste anglais John Irvin dont le très réussi Les Chiens de Guerre (1980) avec Christopher Walken ne semble pourtant guère prédisposer au genre fantastique. Mais il y a un début à tout et l'enthousiasme du bonhomme pour le paranormal achève de convaincre les producteurs. Il faut dire qu'Irvin sait s'entourer et qu'il semble parfaitement savoir ce qu'il fait. A la photographie, il engage son compatriote, le vénérable Jack Cardiff (Le Narcisse noir, Les Chaussons rouges, African Queen, Les Vikings, excusez du peu). A la musique, c'est le français Philippe Sarde, collaborateur récurrent de Bertrand Tavernier qui écope de la lourde charge de maintenir la tension entre deux attaques spectrales et de créer de la magie et du mystère. Et, vu que la liste est longue, on se contentera de citer les contributions d'autres noms illustres telles que Tom Rolfe au montage (Taxi Driver, New York, New York), Dick Smith (L'Exorciste) et Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres) aux maquillages, ou encore Albert Whitlock (quantité de matte-paintings pour Alfred Hitchcock) aux effets visuels.

 

un drap sur la tête et un boulet aux chevilles


Même le casting du Fantôme de Milburn nous vend du rêve. Les quatre papys sont incarnés avec la prestance de rigueur par les vieilles gloires Douglas Fairbanks Jr, Fred Astaire (dont ce sera le dernier rôle), Melvyn Douglas (également dans son dernier rôle puisqu'il décède à la fin du tournage) et John Houseman. La génération montante n'est pas en reste avec les participations remarquées - et très dénudées - de Craig Wasson (futur voyeur claustrophobe et voleur de petites culottes dans le monumental Body Double de Brian de Palma) et d'Alice Krige (future matriarche féline et incestueuse dans La Nuit déchirée et reine Borg troublante dans Star Trek Premier Contact).
Et là, vous allez nous dire : « Mais comment peut-on se planter à ce point avec de tels atouts en poche ? » Les causes sont multiples mais le scénario peut facilement être étiqueté comme ennemi public numéro un. Lawrence D. Cohen, le cul en permanence entre deux chaises, commet deux bourdes majeures. Si le roman offre une toile de fond extrêmement détaillée avec une multitude de points de vue et de sous-intrigues, son adaptation se doit de faire des choix et de faire en sorte que l'ensemble se tienne dans le cadre d'une fiction d'un peu moins de deux heures. Pas vraiment inspiré, Cohen prend à peu près toutes les mauvaises décisions imaginables. Pas un seul personnage ne tire son épingle du jeu, la communauté de Milburn est sacrifiée et n'existe tout simplement plus, le bout à bout indigeste de deux flashbacks en plein second acte alourdit considérablement la narration et la nature de la malédiction ne tient pas toujours debout (Straub l'expliquait adroitement en utilisant le mythe indien du manitou).
Pas de bol, John Irvin ne semble manifestement pas de taille à se dépatouiller d'un script confus, prévisible et ennuyeux. Sa mise en image se voudrait audacieuse, « à l'européenne » selon ses dires, mais elle manque cruellement de rythme et ne sait jamais où se situer entre un classicisme plan-plan hérité des 50's et des sorties de route déviantes typiques des 70's. Le montage, heurté, maladroit, frustrant, n'arrange rien à l'affaire et il faut parfois s'accrocher pour survivre aux vingt premières minutes et ne pas s'endormir pendant les vingt dernières.

Restons beaux joueurs, Le Fantôme de Milburn devrait toutefois séduire les amateurs de bis pour cette scène totalement autre où un Craig Wasson moustachu, zizi à l'air et hurlant comme un damné se défenestre par accident après avoir découvert le faciès ravagé d'Alice Krige, pour son ambiance parfois très étrange et pesante et, enfin, pour la prestation très honorable d'un Fred Astaire au regard de toutou perdu.

Alan Wilson












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Image :
A en juger par les points blancs, un fourmillement intermittent et les couleurs un peu pâlottes, le master n'est pas de toute première fraîcheur. Une absence de restauration compensée par une compression solide, des contrastes qui font le taf en basse luminosité et une définition tout à fait acceptable. Surtout lorsqu'il s'agit d'admirer les seins d'Alice Krige ou les détails d'un cadavre pourrissant dont la chair se détache par lambeaux visqueux.

 


Son :
Le mixage du score de Philippe Sarde permet de départager les deux versions. Plus équilibré en version originale, il sonne moins bien en version française. Le doublage n'est pas mauvais mais il manque de conviction et reste un chouia nasillard.

 


Interactivité :

Une fois qu'on a fait le tour des bandes-annonces, on ne peut plus l'éviter : il va bien falloir se frotter à une nouvelle intervention fantaisiste du journaliste suisse Julien Comelli, passionné et fin connaisseur certes mais aussi, euh, comment dire, très déconcertant avec ses « tentatives » d'humour via une gestuelle exubérante. Le générique de fin de cette courte vidéo en rajoute une couche avec un mini-bêtisier. A l'avenir, ce serait sans doute une bonne idée d'y aller mollo sur la gaudriole. Même si le contenu n'est pas inintéressant.

Liste des bonus : « Les vieux de la vieille », documentaire de Julien Comelli et Erwan le Gac / Bandes-annonces de la collection / Bande-annonce originale

 
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