ROAD GAMES (DéVIATION MORTELLE)
Roadgames - Australie - 1981
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Genre : Thriller
Réalisateur : Richard Franklin
Musique : Brian May
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 30 janvier 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Pat Quid, chauffeur routier à l’imagination fertile, accepte à contrecoeur un chargement de porc congelé qu’il doit livrer à Perth, à deux jours et demi de trajet. Mais sur la route, en plus des habitués qu’il côtoie régulièrement, sévit un dangereux psychopathe qui enlève des jeunes femmes, les viole, les tue et les enterre après les avoir démembrées. Quid, aidée de Hitch, une jeune auto-stoppeuse, décide d’attraper le meurtrier…
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Mad pat

Un peu bêtement oublié aujourd'hui, le cinéma australien donna naissance entre les années 70 et 80 à une belle poignée de petit bijou comme Mad Max (bien entendu), Pique-nique à Hanging Rock ou Wake in Fright, mais aussi à la trop courte carrière de Richard Franklin. A sa sortie en 1981, vendu comme un banal film d'horreur (ce qu'il n'est pas du tout), Déviation mortelle n'eu clairement pas le succès qu'il méritait.

En pleine heure de gloire de ce qu'on appellera rapidement l'Ozploitation - soit une explosion aussi sidérante qu'éphémère d'un cinéma de genre Australien sortie de sa léthargie - le cinéaste débutant Richard Franklin avait déjà marqué les esprits avec un premier long métrage, Patrick, Grand Prix à Avoriaz en 1979, thriller fantastique se focalisant sur un jeune homme plongé dans le coma. Un dispositif minimaliste, mais une réalisation précise et maligne qui traumatisa, en particulier par son final, les spectateurs de l'époque. Toujours accompagné de l'incontournable scénariste Everett De Roche (Long Weekend, Harlequin, Razorback...) il revient trois ans plus tard avec des moyens décuplés et une volonté manifeste de profiter d'un cadre bien plus large : l'outback. Un désert gigantesque, quasiment inhabité, qui fait toute la spécificité du cinéma australien (euh... Mad Max ?), mais aussi nourrit une culture unique de pionniers oubliés, entre le western décadent et le white trash américain.

 

south by southwest


Un décorum encore une fois dépaysant pour le spectateur français, mais que Franklin cristallise autour de sa volontée, ludique, d'offrir une relecture originale de Fenêtre sur cour... mais en constant mouvement. Fanatique absolu du cinéma d'Hitchcock et proche du maitre, il signera dès 1983 le méritant Psychose II, mais démontre déjà largement ici sa connaissance des outils et figures stylistiques du mentor. Road Games devient alors un jeu à entrée multiples. Il y a la partie sadique et tendue qui se déroule directement à l'écran entre ce camionneur fantasque et un supposé serial killer à camionnette verte. Mais il y a aussi ce quizz interactif que propose le réalisateur à ses spectateur qui s'amusent à reconnaitre des emprunts à Psychose, Vertigo, La Corde, La Mort aux trousse, Frenzy... Se rapprochant alors même assez naturellement fatalement du maniérisme plus outré d'un Brian De Palma. Des références qui n'étouffent jamais Déviation mortelle, bien au contraire, mais induisent rapidement une certaine distance avec un pitch qui aurait pu donner naissance à un classique film d'horreur. Franklin préfère les codes moins déviants du thriller à l'ancienne, mais aussi une constante ironie reposant bien souvent sur ce défilé improbable de second rôles parfois flippants, souvent ridicules ou hystériques, occupant par intermittence la même autoroute que le héros Pat Quid et venant nourrir son imaginaire déjà bien actif.

 

hit the road pat


Parfait dans cette figure du héros si viril et solitaire qu'il en vient à dialoguer avec son dingo apprivoisé et à mélanger fantasmes et réalité, Stacy Keach (pas encore piégé dans le rôle de Mike Hammer) livre ici l'une de ses plus belles interprétations, creusant discrètement quelques pistes ouvertes sur la santé mentale du bonhomme. Tout juste échappée d'un début de carrière entièrement tourné vers le slasher (Halloween, Le Bal de L'horreur...), Jamie Lee Curtis n'est ici qu'une autostoppeuse de passage, mais illumine largement l'écran de sa beauté et de son regard incisif. La présence remarquable de ces deux très bon acteurs américains ne fait jamais d'ombre à la nature profondément australienne de Road Games, venant tour à tour nourrir cette distance assez unique avec le danger pourtant omniprésent, et habitant presque comme des anomalies ce paysage gigantesque et écrasant par son horizontalité. L'écriture d'Everett De Roche est inspirée, pernissieuse et se détourne des clichés (voir son traitement de la love story) ; la mise en scène de Richard Franklin de son coté n'a rien à envier à ses concurrent hollywoodien, autant dans ses pures scènes de suspens, que dans sa gestion de l'espace et de l'action, jamais très loin dans son efficacité de celles du George Miller de Mad Max 2 qui sortit la même année. Le grand final réussissant à réunir tous les personnages et tous les enjeux dans un espace de plus en plus restreint et irréaliste est un petit coup de génie.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Encore un cas compliqué pour la collection Make My Day puisque malgré son statut culte (en particulier en Australie), Road Games n'a pas forcément profité de diffusions ou de préservations de qualité. L'équipe de techniciens australiens a ainsi été forcé semble-t-il de travailler uniquement à partir d'une copie positive et non du négatif original. Cela ne les a pas empêché d'en faire un scan 4K de dernière bourre et d'en peaufiner au maximum tous les atours. Le ressenti global est donc extrêmement positif avec son grain organique et très marqué, sa colorimétrie qui flirte parfois avec le Technicolor et un piqué exigeant. Mais pas de miracle, la source se perçoit régulièrement par l'apparition de points noirs ou de reliquats de griffures et surtout par quelques inégalités d'un plan à l'autre. En particulier du coté de visions un poil terne de l'outback ou des arrière-plans qui manquent de profondeur. Est-ce que ça gâche le visionnage ? Point du tout, mais mieux vaut prévenir.

 


Son :
Un peu triste pour les nostalgiques de ne pas retrouver ici le doublage franchouille de l'époque, mais les cinéphiles ont en générale la préférence pour la vost. Cette dernière préservée dans sa stéréo d'origine avec un traitement DTS HD Master Audio plus fluide et confortable délivre une dynamique assez surprenante et pêchue, et un bel équilibre avec les compositions oscillantes de Brain May. Là encore quelques passages grésillent un peu (un dialogue en particulier dans l'habitacle du camion), mais le rendu reste des plus convaincants.

 


Interactivité :
Huitième volet de la collection Make My Day dirigée par le journaliste Jean-Baptiste Thoret, qui se fend tout naturellement de sa désormais habituelle présentation éclairée qui offre d'entrée de jeu les pistes principales pour mieux apprécier le film qui va suivre. L'interactivité est ensuite assez bien complétée par une longue et très intéressante réflexion autour du métrage et l'Ozploitation par le rédacteur en chef de Mad Movies Fausto Fasulo.

Pour le corps principal de l'édition Studio Canal est aussi allé piocher de manière pertinente dans le matériel déjà présent sur l'édition HD australienne. S'il en manque quelques uns dans le listing, l'essentiel est bel et bien là avec les interviews intégrales de Richard Franklins, Jamie Lee Curtis, Stacy Keach et Everett De Roche enregistrées en 2008 pour le documentaire Not Quite Hollywood traitant justement de l'Ozploitation. Des propos à chaque fois passionnants qui retracent le tournage, les soucis de production, le rejet du cast américain par la presse locale, avec une honnêteté rafraichissante, toujours aussi marquée d'ailleurs du coté de l'actrice. Un segment d'une heure parfaitement complété par le commentaire audio du réalisateur (capturé il y a bien longtemps pour le DVD d'Anchor Bay), qui se montre extrêmement précis et didactique tout du long, revenant généreusement sur les trouvailles techniques, le tournage aventureux et les scènes laissées sur le bas cotés pour des questions de coût et les délires de quelques producteurs.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (9'), Commentaire audio de Richard Franklin, Not Quite Hollywood (63'), Road Games revu pas Fausto Fasulo (37'), Bande annonce.

 
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