ALPHA
Etats-Unis - 2018
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Genre : Aventure
Réalisateur : Albert Hughes
Musique : Joseph S. DeBeasi
Image : 2.35 16/9
Son : Français, « Langue Originale » & Espagnol 5.1 DTS-HD
Sous-titre : Français, anglais, espagnol, italien…
Durée : 96 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 9 janvier 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Alpha »
portoflio
LE PITCH
L’Europe, 20 000 ans avant notre ère. La chasse au bison qui devrait permettre à une tribu de Solutréens de survivre au long hiver qui s’annonce prend une tournure tragique : Keda, le fils du chef, est gravement blessé et laissé pour mort sur le rebord d’une falaise.
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entre ciel et terre

« Mon frère et moi avons travaillé ensemble pendant 20 ans, et c'est un peu comme un groupe de rock. Inévitablement, vous allez devoir réaliser un album solo. Ce groupe de rock qu'était les Frères Hughes avait un son bien particulier. Et un film qu'Albert Hughes réalise seul - ou, dans ce cas précis, qu'Allen Hughes réalise seul - aura un son bien à lui. » (Allen Hughes, lors de la promotion de Broken City, 27 novembre 2012 - Deadline.com). Dont acte.

Lors de cette même interview (que l'on vous recommande chaudement), Allen Hughes revenait également sur la méthode que les frères avaient mis au point pour se répartir le travail sur un plateau. Elle était d'une simplicité confondante : tandis qu'Allen s'occupait de la direction d'acteurs, Albert s'occupait de la caméra. Bien sûr, les jumeaux ne rechignaient pas à s'échanger leurs tâches mais, avec le temps, Allen est devenu le dramaturge et Albert s'est taillé une solide réputation d'esthète. D'où l'équilibre bien réel d'une œuvre singulière (parce que conçue au pluriel) qui a toujours vu la forme, rageuse et virtuose, se nourrir du fond, audacieux et poignant (avec un engagement fort en faveur des laisser pour compte de l'Histoire, passée ou future). Vue sous cette angle, la séparation professionnelle des frangins ne pouvaient que laisser dubitatifs. Et de fait, Broken City, thriller politique renvoyant mollement au cinéma de Sidney Lumet et première réalisation solo d'Allen, n'était pas parvenu à convaincre et s'était copieusement vautrée au box-office. Restait à savoir ce qu'Albert nous réservait avec Alpha, odyssée préhistorique entachée par une post-production interminable et des remontages en pagaille.

 

l'âge de pierre et le loup


Sur grand écran, force est de constater que l'on a du mal à prendre la Préhistoire au sérieux. Quel que soit le pays, l'époque ou la technique, la pantalonnade domine (et fait recette ... plus ou moins). RRRrrrr !!!, Les Croods, Cro-Man, L'An 1 - Des débuts difficiles, Un Million d'Années avant J.C., Quand les femmes avaient une queue (sic), Pourquoi j'ai pas mangé mon père, Les Flintstones, 10 000 (mieux vaut prendre le nanar de tonton Emmerich pour une parodie, c'est moins pénible ainsi) : voici un florilège non exhaustif de la vision de nos lointains ancêtres par le 7ème Art. Rien de bien sérieux, c'est le moins que l'on puisse dire. A ce jour, seuls deux français ont tenté d'aborder le sujet au premier degré, sans se moquer des peaux de bêtes, des grognements, des cheveux mal peignés et de la chasse au mammouth : Jean-Jacques Annaud et Jacques Malaterre. Si La Guerre du Feu est devenu LE classique du genre, Ao, le dernier néanderthal, n'a pas su éviter le ridicule. Pas vraiment versé dans l'art délicat de la gaudriole poilue, Albert Hughes propose avec Alpha un traitement ambitieux et casse-gueule. Ambitieux car le cinéaste a fait appel à des spécialistes du Paléolithique Supérieur, qu'il ne lésine pas toujours sur la violence et qu'il n'a pas hésité à faire parler son casting dans une « langue » morte intégralement sous-titrée, imitant la démarche de Mel Gibson pour La Passion du Christ et Apocalypto. Casse-gueule parce que ces velléités de réalisme ne se marient pas forcément très bien avec le ton plus léger d'un divertissement familial et une esthétique qui repose sur des trucages numériques très inégaux et pas forcément utiles. En gros, Alpha s'épuise souvent à concilier des publics qui ne sont pas normalement faits pour se croiser dans une même salle. Drôle d'impression que d'assister à un métissage de 300 et L'Incroyable voyage de Disney.

En dépit de ces maladresses en cascade, Alpha fonctionne plutôt bien. Albert Hughes nous conte cette histoire d'amitié entre un jeune chasseur et un loup à travers des compositions iconiques où la relation entre l'Homme, la Nature et les Cieux revêt une importance capitale. Plus que le sujet (très terre à terre) de la domestication du monde animal, le réalisateur se laisse ici aller à contempler les origines de notre spiritualité. Et il le fait fort bien.

Alan Wilson








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Image :
La haute-définition, lorsqu'elle s'appuie sur un encodage robuste et inattaquable, est impitoyable avec deux choses : les peaux qui n'ont pas été traitées au Biactol et les effets numériques ratés. Si le teint de jouvenceau et les trois poils de moustache de Kodi Smit-McPhee s'en tirent avec les honneurs, bon nombres d'incrustations d'arrière-plans et de bestioles virtuelles ne passent tout simplement pas le cap du transfert vidéo sans trahir une confection relativement douteuse.

 


Son :
Tourné dans une langue inventée de toutes pièces (et heureusement disponible sur ce disque), Alpha se retrouve pourtant pourvu d'un doublage français qui vient contredire les intentions initiales d'Albert Hugues. Une hérésie sans doute imputable à Manuel Valls puisque l'on trouve même un doublage espagnol, tout aussi inutile. Fake news ? Qui vivra, saura ... Quoi qu'il en soit, on saluera l'intelligence du traitement acoustique qui prend en compte une donnée essentielle de l'environnement préhistorique : le silence. Pas franchement inoubliable, le score est en retrait tandis que le moindre effet sonore gagne en importance, soulignant l'immense solitude des quelques hommes jetés en pâture à une nature impitoyable. Une scène marquante ? L'attaque d'un félin sur le campement des chasseurs annoncé par des craquements de brindille et un rugissement furtif.

 


Interactivité :
Plus informatives que la moyenne, une poignée de featurettes couvrent les aspects essentiels de la production : direction artistique, casting, recherche historique et dressage de Buck, le chien-loup qui interprète Alpha. Mais le morceau de choix est la version director's cut du film en seamless branching. Sans ajouter beaucoup de scènes (il n'y en a même quasiment pas), ce montage modifie considérablement le début et la fin en évacuant la construction en flash-back du premier acte (la narration devient linéaire) et la voix-off explicative de Morgan Freeman et en tempérant les élans puérils du happy-end imposé par les producteurs. Ainsi débarrassé de défauts clairement imposés par des mémos de producteurs soucieux de ne pas perdre le public des pré-adolescents, Alpha gagne en cohérence et en maturité. Mais ce n'est pas tout puisque les scènes coupées, agrémentées d'un commentaire optionnel d'Albert Hughes, laissent entrevoir une troisième version avec une ouverture nettement plus ésotérique, des digressions oniriques et une conclusion bien plus sombre. Des suppléments précieux qui font regretter l'absence d'un véritable making-of.

Liste des bonus : Version director's cut (95 minutes) / Scènes supprimées avec commentaire d'Albert Hughes / Rencontrez le loup derrière Alpha / Garçon & loup / L'Aventure d'un héros / La construction d'un monde

 
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