LE CORPS ET LE FOUET
La Frusta e il corpo - Italie / France - 1963
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Genre : Horreur
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Carlo Rustichelli
Image : 2.35 16/9
Son : Italien, anglais, français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 87 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 5 février 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Corps et le fouet »
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LE PITCH
Après un exil forcé, le baron Kurt Menliff revient au château familial des Baltiques. Il y retrouve son père et son frère Cristiano, qui abhorrent tous deux sa barbarie et son esprit sadique. Kurt découvre que la nouvelle fiancée de son frère n’est autre que Nevenka, avec qui il a jadis entretenu une liaison passionnelle. La belle ne parvient pas à le repousser et tous deux retombent dans la relation sadomasochiste qu’ils entretenaient auparavant. Un jour, le baron est retrouvé mys...
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le château de la douleur

En à peine trois ans et trois films, le cinéma italien se découvre un nouveau maitre : Mario Bava. Juste avant le premier giallo de l'histoire du cinéma, 6 Femmes pour l'assassin, et l'horrifique pulp La Planète des vampires qui inspirera largement un certain Alien, il signe avec Le Corps et le fouet l'un des sommets du film d'épouvante gothique, italien, anglais et d'ailleurs.

Comme de coutume avec le cinéma populaire italien, la naissance d'un film comme Le Corps et le fouet doit moins à des pulsions créatrices qu'à la simple volonté de profiter, et de se mesurer, à la vague gothique que vient d'initier le célèbre studio Hammer et leur metteur en scène privilégié Terrence Fisher. Tout est là : le château perdu dans une campagne anglaise hors du temps, les rives désertiques d'un bord de mer tempétueux, la famille aristocrate vieillissante et leur demeure décrépie, les apparitions nocturnes, les couleurs contrastées et irréelles... Et bien entendu Christopher Lee, soit Dracula en personne. Un film d'exploitation certes, mais qui développe sur ce décor anglo-saxon une sensibilité profondément latine qui s'efforce de pousser plus avant encore les thèmes habituels du genre, violence et sexualité, pour les unir en une seule figure : le sadomasochisme. Le célèbre et productif scénariste Ernesto Gastaldi (Mon nom est personne, Torso, Le Grand duel...) a beau là aussi piocher du coté des grands classiques, avec des emprunts évidents au classiques littéraires Les Hauts de Hurlevents, les contes morbides d'Edgar Alan Poe ou Le Tour d'écrou, la manière dont Mario Bava donne corps à toutes ces pulsions en font une œuvre unique. Ce dernier, considéré de son vivant comme un excellent un artisan, était effectivement l'homme de la situation puisqu'il avait déjà versé dans le genre quelques années auparavant en cosignant Les Vampires avec Ricardo Fredda et en présentant un Masque du démon précurseur (révélant l'icône Barbara Steele), mais aussi parce qu'il a déjà fait tourner la « star » Christopher Lee dans son inventif Hercule contre les vampires.

 

fais-moi mal Christopher Lee !


Des premières réussites auxquels il faut ajouter le pré-giallo La Fille qui en savait trop et le film à sketch Les Trois visages de la peur, mais face auxquels Le Corps et le fouet fait office d'aboutissement, ou en tout cas d'affirmation d'un cinéma formel dans lequel la narration, la pulsion du film passe essentielement par l'image où se mêle les articulations de l'histoire. Cette étrange et troublante histoire de possession fantasmée ou surnaturelle (le film préserve le doute jusqu'au bout), prend alors des airs de pure expérimentation. Dans les appositions d'un montage qui fait cohabiter les temporalités et les réalités, dans une esthétique jamais naturaliste (même les extérieurs font studio) et des jeux de lumières (rouge, vert, violet...) dans lesquels se déplacent les personnages, éclairent leurs fièvres intérieures et dans des cadres bien entendu florissants, habile, imbriquant les équilibrants dominants / dominée. Un tableau d'une beauté éblouissante, des déambulations nocturnes moins inquiétantes que morbides, des mouvements de caméra amples dignes d'un ballet filmique, pour une relation pulsionnelle et trouble qui continue aujourd'hui encore d'échauffer les esprits. Des secrets de familles, des trahisons à tiroir certes, mais pas de non-dit dans Le Corps et le fouet, en particulier en ce qui concerne la relation torride qui lie le baron Kurt Menliff (Christopher Lee donc, tout en charmes déviants) et la fragile Nevenka ( Daliah Lavi dans le meilleur rôle de sa petite carrière), appréciant le maniement du fouet. Voir cette dernière se tordre de plaisir, au bord de l'orgasme, alors que son amant la flagelle avec bestialité, le tout accompagnée d'une mélodie délicatement romantique, approche à la perfection la notion de plaisirs interdits. La sensualité au-delà de la mort.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
La nouvelle copie HD 1080p du Corps et le fouet n'est clairement pas à l'adresse des amoureux de masters virginaux, limpides et modernes. Récupérant le travail de restauration effectué en 2013 par Kino Lorber, ESC en préserve la matière très particulière héritée d'un scan pointu d'une copie 35mm sur laquelle aucune opération numérique massive n'a été effectuée. Les défauts de l'âge sont parfois encre bien présents, le grain d'une pellicule économique tout autant, mais le piqué est bel et bien là, fort et précis, tandis que la colorimétrie a été reboostée et rééquilibrée. L'ensemble n'est pas toujours très stable avec quelques séquences sombres plus fluctuantes, mais la photographie n'a que rarement été aussi puissante et riche.

 


Son :

Coproduction européenne incluant des acteurs d'horizons divers jouant tous dans leur langue maternelle, Le Corps et le fouet n'a pas forcément de version originale attitrée. Ici le cinéphile peut choisir entre la version italienne très homogène, la version française au doublage solide mais un peu creux dans les effets sonores et une version anglaise qui risque d'obtenir les suffrages grâce à la voix puissante et virile de Christopher Lee.

 


Interactivité :
Voila qu'ESC Distribution se lance dans une collection Mario Bava ! Une belle nouvelle et un joli pack Bluray / DVD une nouvelle fois avec intégré dans la reliure un livret informatif toujours signé Marc Toullec. La galette HD elle propose quelques suppléments rétrospectifs (forcément) avec un commentaire audio du spécialiste de Bava Tim Lucas, récupéré de l'édition de Kino Lobber, particulièrement documenté et informatif. D'une certaine façon il fait office de résumé, de condensé, des trois segments produits par les français. Une présentation plutôt technique et stylistique par Gérard Lenne, une autre essentiellement thématique voir analytique par Nicolas Stanczyk et un dernier sujet autour de la stature de Christopher Lee par Laurent Aknin. Chaque item tourne autour de la vingtaine de minutes avec un intérêt généralisé.

Liste des bonus : Un livret de 16 pages par Marc Toullec, Entretien avec Gérard Lenne, critique et écrivain, Entretien avec Nicolas Stanczyk, journaliste, Entretien avec Laurent Aknin (journaliste) à propos de Christopher Lee, Commentaire audio de Tim Lucas, spécialiste de Mario Bava.

 
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