CLIMAX
France - 2018
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Climax »
Genre : Drame, Horreur
Réalisateur : Gaspar Noé
Musique : Divers
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Aucun
Durée : 96 minutes
Distributeur : Wild Side
Date de sortie : 30 janvier 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Climax »
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site officiel
LE PITCH
Une troupe de danseurs se réunie dans un local. La fête y bat son plein avant de virer au cauchemar.
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Tout shoot

Climax est bien un film de Gaspar Noé. L'accroche promotionnelle donne le ton: « De la lumière aux ténèbres, du paradis à l'enfer, de l'euphorie à l'anarchie, de l'extase au chaos». Comme souvent avec le cinéaste franco-argentin, le spectateur évolue à vue, embarqué dans une expérience cinématographique limite. Un bad-trip extrasensoriel, immédiat, cathartique. À la fois virtuose et abyssal. Ambitieux mais roublard.

D'un point de vue purement stylistique, c'est très beau. Épaulé par le chef-op de Spring Breakers et une bande son puisant dans la crème de la crème de la scène électro, le réalisateur d'Irréversible multiplie les audaces formelles avec la fougue pulsionnelle d'un puceau sauvage. Comme à son habitude, il se joue de l'espace-temps, bouscule la chronologie et titille nos sens et ceux des protagonistes. La scène de danse collective a tout d'un plan-séquence acrobatique que n'aurait pas renié le Brian De Palma époque Snake Eyes. Via ses travellings à la steadycam, Noé s'immisce au coeur d'une soirée arrosée qui part en cacahuète. D'abord festive et bon enfant, la petite sauterie tourne vite au mauvais rêve malsain, anxiogène et hallucinatoire. La faute à cette foutue sangria!

L'intrigue (enfin, si on peut parler d'intrigue) se situe au milieu des 90's. Un postulat loin d'être innocent. À cette époque, point de smartphone pour appeler à l'aide. C'est encore l'ère du tout analogique. Et Noé en joue constamment sur le plan technique et scénaristique. Il piège ses personnages entre les murs d'un local isolé par une neigeuse nuit d'hiver, le temps d'une dérive claustro où aucun échappatoire n'est envisageable. Si ce n'est la mort.

 

le plein et le vide


La vie. La mort. Le metteur-en-scène ne cesse de jongler avec ces concepts, ponctuant la bobine de déclarations philosophiques, avec la maestria ou la vanité qui le caractérise. Au choix. Chez Noé, on ne sait jamais sur quel pied danser. Le mec est brillant, c'est indéniable. Mais il est passé maître dans l'art de se foutre de la gueule du monde. En interview, il s'avère souvent espiègle et rigolard. Provocateur certifié depuis Seul contre tous, le metteur-en-scène n'a jamais renié ses influences. Dans Climax, elles sont même clairement affichées, par le biais d'un plan fixe où l'on distingue, entre autres, de vieilles VHS de Zombie de Romero, Possession de Zulawski ou Salo de Pasolini. Des œuvres radicales, borderlines. Et riches d'un sous-texte politique dont Climax semble clairement s'inspirer. Ou la piste de danse comme métaphore. De la jeunesse. De la vie en communauté. Voire de la France de 1995, avec ce drapeau tricolore qui trône crânement derrière les platines. Une France black/blanc/beur. Gay et hétéro. Sobre ou imbibée. On y parle crûment de cul, on y flirte, on y picole, on s'y défonce. Et on y crève.

La première moitié de Climax dégage une vraie puissance. Une limpidité parfois stupéfiante. Noé chope au vol des attitudes. Tel un voyeur, il surprend des discussions en apparence anodines. En deux temps, trois mouvements, nous devinons clairement qui est qui. Et qui va le plus morfler. Mieux, la tension grimpe par petites touches savamment dosées. Avant de basculer dans un cul-de-sac horrifique dominé par le sexe et la violence. À partir de là, c'est voyage en territoire connu pour le meilleur et pour le pire. À l'instar d'Irréversible ou d'Enter the void, la ligne narrative choque, révulse, et se meut en une sorte de grand huit qui finit par filer le tournis. L'oeuvre de Gaspar Noé demeure l'une des rares où la fiction s'avère plus insoutenable que la réalité. À la vision de ses films, quitter la salle de ciné ou éteindre son poste de télévision relève du soulagement, de la bouffée d'oxygène. Et il le sait pertinemment. Bien des fois, Climax évoque Kubrick (référence majeure du cinéaste, depuis toujours). Avec ses couloirs infinis, labyrinthiques et cette tempête de neige qui menace à ses portes, l'établissement ressemble à l'hôtel Overlook de Shining. Quant aux postures foetales qui ouvrent et ferment le film dans une blancheur virginale, elles rappellent le fœtus cosmique de 2001. Sauf que Climax est loin de distiller le même vertige métaphysique. Beaucoup plus fugace, il tient davantage de l'expérimentation à obsolescence programmée. Une ode au mouvement cinématographique qui ne se vit que dans l'instant. C'est à la fois sa force et sa faiblesse.

Gabriel Repettati






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Image :
Wild Side rend parfaitement justice au boulot visuel entrepris par Noé. La copie HD de Climax est absolument resplendissante. Le master s'avère optimal et respecte le léger grain voulu par le cinéaste. Avec sa multitude de tons ocres, noirs et rouge sang, l'établissement hivernal évoque un dédale diabolique à la Kubrick. L'aspect chorégraphique, les jeux de lumière, la profondeur de champ, les contrastes. Tout est à sa place.

 


Son :
C'est également un sans faute côté son. Les dialogues sont parfaitement audibles dans une atmosphère de film-choral embué et fortement alcoolisé. La bande-originale envoie du lourd, avec une jolie flopée de titres signés de grands noms de l'électro: Cerrone, Aphex Twin, Daft Punk... Renforcés par la présence de basses lourdes et profondes, le dynamisme et l'étalonnage sont ahurissants de précision.

 


Interactivité :
Niveau bonus, c'est simple et efficace. Le clou des suppléments? Un entretien entre Gaspar Noé et Jan Kounen (réalisé en collaboration avec Freneticarts, s'iouplait). Les deux hommes y discutent, autour d'un café, des grandes heures de l'analogique et de l'époque bénie des cassettes VHS et des laserdiscs. Ils y devisent également sur les nouveaux supports comme la 3D ou la réalité augmentée, en citant de grands noms du septième art. Il y a également un entretien avec le graphiste Tom Kan, fidèle compagnon de route du réalisateur. Il nous apprend de quelle manière ils ont défini puis inséré la typographie au cœur même du déroulé narratif de Climax. C'est passionnant. Nous avons enfin droit à un CD de la bande originale, un court-métrage et deux clips. À visionner avec les amplis à fond, cela va de soi.

Liste des bonus : «Jan Kounen et Gaspar Noé» (40'), «Tom Kan, l'art du générique » (16'), court-métrage «Shoot» (3'), clips «Sangria» (3') et «Love in Motion» (4'), CD de la bande originale du film.

 
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