L’AIGUILLE
Igla - ИГЛА - Russie - 1988
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Image de « L’Aiguille »
Genre : Drame
Réalisateur : Rachid Nougmanov
Musique : Viktor Tsoi
Image : 1.33 4/3
Son : DTS-HD Master Audio 2.0 Russe
Sous-titre : Français, anglais, allemand, espagnol, coréen
Durée : 77 minutes
Distributeur : Badlands
Date de sortie : 14 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’Aiguille »
portoflio
LE PITCH
De retour à Almaty, Moro retrouve ses anciens amis en pleine guerre des gangs et Dina, son ancienne petite amie, devenue morphinomane. Décidant de lui venir en aide, il devra affronter « le docteur », responsable de son addiction.
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à bout de souffle

Présenté notamment au FICA de Vesoul en 2012 dans la section «regard sur le cinéma du Kazakhstan», le métrage a acquis depuis une trentaine d'années une réputation proche du film culte. Nouvelle pépite de la collection labellisée 1KULT (ça tombe bien) du distributeur Badlands, le film reste méconnu dans l'hexagone, hors cinéphilie érudite. Succès colossal dans son URSS natale (30 millions de spectateurs!), L'Aiguille fut il est vrai pleinement soutenu par l'aura de la rockstar soviétique Viktor Stoi.

Épaulé par la vision d'un cinéaste libre et aussi fou que son premier rôle; c'est tout simplement le lancement de la nouvelle kazakhe qu'engendra cette aventure punk, avant-gardiste et toute aussi infernale. Quasi inconnu sous nos latitudes, c'est pourtant en 2018 que le film reviendra sous les projecteurs. Leto de Kirill Serebrennikov fera l'évènement lors du festival de Cannes contant les débuts révolutionnaire du jeune musicien, futur premier rôle de L'Aiguille. Ajoutant au magnétisme hypnotique un drame inattendu: la mort prématurée de la star peu après la sortie du film, cette seule apparition sur grand écran parachèvera de faire de cette histoire une aventure unique.

 

a working class hero


Après deux courts et sous l'influence de son maître à penser Soloviov, Nougmanov laisse éclater sa colère en lançant aux yeux kazakhe le retour de Moro en terre natale. Les retrouvailles de son ancienne maîtresse, l'affrontement du «docteur» responsable de l'addiction de son ancien amour: le tout dans une forme aussi chaotique que son propos (inserts, travail sur la pellicule...). Chaotique autant que poétique: le final enneigé, les illustrations, le mirage naval? Arty? Prétentieux? Sincère? Avant-gardiste? Génial? Le film est inclassable. C'est bien pour cela que l'expérience est conseillée au moins une fois dans une vie de cinéphile. Tout comme la découverte de la beauté fragile du masque de cire de Marina Smirnova, l' attraction de Tsoi qui bouffe l'écran, le travail sur les éclairages ou une bande son quasi indépendante, le film est un pur sujet d'étude. Sémantique, plastique, historique, artistique.

Nonchalant, dramatique: le film évoque alors tout autant un combat contre l'addiction (l'amour, la drogue, la patrie...) en le teintant d'un brûlot politique acerbe qu'une mise en garde écologique ou une ode à la beauté (musicale, sentimentale, plastique ou en rêveries). Indéfinissable, cette humble mise en lumière pourrait être réécrite cent (sans) fois (foi) sans utiliser deux fois les mêmes mots. Mieux vaut donc laisser parler l'expérience proposée par Nougmanov: un ovni hypnotique semblable à l'errance d'un héros de western embrassant un couché de soleil. Une sacrée découverte attend les chanceux n'ayant jamais posé les yeux sur L'Aiguille.

Jonathan Deladerrière





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Image :
Sous les oripeaux oppressants de la photographie scarifiée de Nugmanov et des décors de Mussin, toute la poésie frontale d'un film quasi-expérimental explose à chaque plan. On passe alors d'une froideur glaçante et clinique aux plaines désertiques chéries par Wenders ou Kusturika. Un vrai pari. Aussi soignée qu'immédiate, le traitement de l'image fut à l'évidence l'objet de tous les soins de la part de Badlands qui exploite au mieux ce nouveau master HD. Du grain, des inserts, des rayures, des faisceaux transperçant les ténèbres... C'est tout simplement une première mondiale : une version entièrement restaurée et supervisée par le cinéaste lui même.

 


Son:
Soutenu par la musique entêtante composée par le premier rôle du film, Viktor Stoi, à l'époque rockstar punk extrêmement populaire, la bande son du long métrage n'a pas à rougir face au traitement appliqué à l'image. Votre caisson de basse devrait largement se remettre de la vision de ces 1h20 mais l'ambiance glauque et cynique est bien retranscrite, notamment par le prisme d'une certaine profondeur et de quelques morceaux de rage désenchantés. On appréciera enfin certains bruitages burlesques voir carrément comiques sacrément inspirés.

 


Interactivité:
260 minutes de visionnage, trois modules de plus de 30 minutes, des interventions éclairées... Si votre cœur souhaite s'abandonner dans les méandres d'une psyché libertaire d'un autre temps et que le cinéma russe vous passionne, cette édition est indispensable. Le film Igla remix de Rachid Nougmanov (85mn) est une version agrémentée de sections animées et d'un montage différent. Anecdotique donc.

Yahha (36mn) se présente comme ci-après: «Sans l'aide du scénario, du théâtre ou de la littérature, ce film est une expérience de ciné-transmission des phénomènes Invisibles». Que ce soit La bouche de Jean Pierre ou le futur Hell's Ground, l'éditeur est un habitué des trouvailles uniques, dérangeantes, conceptuelles voir opaques. Sans être forcément élitiste, le court-métrage ne plaira pas à tout le monde. Montage improbable, passage muet, musique discordante avec le plan illustré et filmé avec tous les tics de la nouvelle vague : le film rappelle parfois, en sa défaveur, l'insupportable OUT1 de Jacques Rivette. Impossible également de narrer l'histoire, à chacun de s'abandonner ou non dans cette véritable errance mimant une descente dans les sous sols du Berghain à 5h du matin. Il demeure toutefois un document rare sur la scène underground de l'époque, un bonheur de musicologue.

Souvenir de vague d'Eugénie Zvonkine (47mn) est l'évocation de la réalisatrice de ses premiers émois avec la nouvelle vague kazakhe. Une confession passionnée. La mise en scène est ainsi inventive et évoque avec respect le mouvement culturel de l'époque (lettres tapées à la machine à écrire, caméra tremblante, filtre, photos d'époque...). Ponctué d'échanges entre les réalisateurs du mouvement, embrumé de diverses anecdotes, de citations ou d' extraits de films. Le tout est monté et mixé par Sylvain Perret, un érudit du cinéma français du 20ème siècle et membre d'1KULT. On finit même «à la kazakhe»! Un bonus important pour la transmission et l'ouverture d'esprit.

Enfin, Présentation (13mn) est une introduction par l'universitaire Eugénie Zvonkine, responsable également du sous-titrage, spécialiste du cinéma russe. L'on y apprend la création de cette fameuse Nouvelle Vague kazakhe dont l'émergence se trouve être indissociable de la scène rock undergound. Une scène mise sous projecteur par le charismatique Viktor Tsoi, du groupe KINO. Et la boucle est bouclée.

Liste des bonus : Le film « L'Aiguille Remix » (85'), « Yahha », un court métrage du réalisateur Rachid Nougmanov (36'), « Souvenirs de vague », un documentaire d'Eugénie Zvonkine (47'), Présentation du film « L'Aiguille » (13'), Bandes-annonces.

 
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