HITLER… CONNAIS PAS & FRANCE, SOCIéTé ANONYME
France - 1963, 1974
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Hitler… connais pas & France, société anonyme »
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 195 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 27 février 2019
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Hitler… connais pas & France, société anonyme »
portoflio
LE PITCH
Hitler… connais pas : Composé de témoignages de onze jeunes gens interrogés en 1963 sur leur vie et leurs aspirations, une enquête sur la jeunesse réalisée par Bertrand Blier, alors âgé de vingt-deux ans… France, société anonyme : En l’an 2222, un ancien trafiquant de drogue maintenu en hibernation est réanimé. Il raconte son histoire…
Partagez sur :
dix ans dans les dents

En à peine quelques mois la collection imaginée par Jean-Baptiste Thoret au sein du catalogue Studio Canal, est devenue un riche terreau de (re)découverte de petits bijoux cultes ou curieux. Pour sa neuvième sortie Make My Day ! s'essaye au double programme en accolant les premiers long métrages de Bertrand Blier et Alain Corneau.

En accolant. Ou en plutôt en effectuant un collage étrange où, en dehors de l'opportunité de redécouvrir des premiers œuvres particulièrement rares et méconnues, le cinéphile a bien du mal à y apercevoir un semblant de logique stylistique ou thématique, sans se creuser la tête déraisonnablement. Leurs filmographies respectives l'ont largement démontrées, Bertrand Blier et Alain Corneau sont le reflet de deux cinémas très différents, voir relativement étrangers, et même si leurs premiers pas respectifs détonnent sensiblement avec le reste de leurs carrières, ils semblent ici un peu mal ajustés, voir carrément en opposition. Le fil de Blier est ainsi un sobre sujet de documentaire, la jeunesse française de 1963, qu'il sublime en creusant une forme élégante, un montage brillant et un dispositif induisant une subjectivité constante. Le film de Corneau une tentative un peu fauchée de mêler récit d'anticipation anarchique avec comédie désespérée à la Bunuel. On ne cachera pas que si le talent imposant du futur réalisateur de Les Valseuses ou Tenue de soirée frappe à chaque plan, à chaque mouvement de caméra profondément artificiel, la rigueur sèche et la forme pure qui fera la force à venir de l'auteur de Série Noire ou Police Python 357 se noie généralement dans un capharnaüm sans doute mal digéré.

 

tous les matins du monde


Un décorum de polar noir ubuesque où vient s'inscrire la résistance d'un bon vieux trafiquant de drogue hexagonal (Michel Bouquet loin de ses rives habituelles) face à la concurrence déloyale d'un consortium américain, fait parfois légèrement écho à de l'antilibéralisme frontiste, à un manifeste punk et branque, mais perd clairement de son énergie en martelant des images pseudo-révolutionnaires (beaucoup de personnes nues, une fellation non simulée, une scène bien scato) franchement datées aujourd'hui. Un peu longuet certainement, France Société Anonyme a certes perçu avec assurance le triste monde à venir et l'avènement des nouvelles drogues du peuple (métaphore, métaphore), mais aboutit surtout à une premier œuvre où Corneaux se débarrasse violemment d'un héritage cinéphilique trop lourd.

La modestie apparente de Hitler... connais pas, sa narration concentrée autour des gros plans d'une dizaine d'adolescents / jeunes adultes, que Blier a réécris, modelés en surface, semble alors presque plus beau encore face à la frénésie de son voisin temporaire. Le plus fascinant dans le documentaire étant cette faculté qu'à dors et déjà Blier de donner à son image, à sa structure et à ses personnages, une langue unique, française fièrement, mais aussi littéraire et chantante comme pouvait l'être celle d'une culture échappant pour quelques temps encore à l'uniformisation culturelle. Tour à tour amusants, historiques, désuets, agaçants, désolants ou déchirants, les témoignages "sociologiques" s'enchainent, se répondent les uns les autres, sans jamais faibli. Comme en attestent les lumières, les caméras et les techniciens apparaissant à l'image, Hitler... connais pas est autant un documentaire frontal qu'une fiction usant de cet instantané d'une génération en passe de prendre le pouvoir, pour annoncer la France à venir. Car entre les deux films, il y a cette fracture culturelle et historique : Mai 68. Le premier est encore portée par cet idée de changement pour le meilleur... Le second en est revenu avec une sacrée migraine.

Nathanaël Bouton-Drouard








Partagez sur :
 

Image :
Les deux métrages ne jouent pas du tout sur les mêmes esthétiques, mais les copies proposées par Studio Canal n'en sont pas moins toutes deux d'excellentes qualités. Des restaurations à la source, soignées et appliquées qui permettent d'effacer quasiment toutes traces de vieillesses, non sans préserver jusqu'au bout le grain et la matière de la pellicule. Des masters organiques, aux noirs et blancs tranchés pour l'un, à la photo sombres et grise pour l'autre, au piqué et à la stabilité exemplaires.

 


Son :
Si quelques faiblesses et fluctuations légères font encore leur apparition sur les deux pistes DTS HD Master Audio 2.0 mono glissées ici, elles correspondent clairement aux pistes sources, restaurées soit mais aux élans un peu vieillissant quoi qu'il en soit. Les bonnes vieilles versions originales (françaises donc) sont parfaitement claires et confortables, joliment mixées (en particulier pour le Corneau).

 


Interactivité :
Impossible de ne pas penser que les disques de ce double programme fut tout d'abord envisagé comme des titres indépendants lorsqu'on approche la qualité des bonus récoltés ici. Chacun des métrages est bien entendu accompagné de son introduction passionnée enregistrée par le responsable de la collection, Jean-Baptiste Thoret, mais aussi d'entretiens inédits. Pour Hitler... connais pas, on peut ainsi redécouvrir le métrage sous le prisme du regard creusé et documenté de Frédéric Bas, avant d'enchainer sur une longue rencontre, drôle et passionnante, avec un Bertrand Blier toujours aussi espiègle que l'on aimerait voir rapidement sortir de sa retraite. Du coté de France Société Anonyme, c'est l'interview croisée de Pierre William Glenn (dir. Photo) et Jean-Claude Carrière (coscénariste) qui fait un peu office de making of en évoquant les débuts d'un jeune cinéaste déjà très exigeant. Reste enfin à chaque fois un petit document d'archive supplémentaire, à la pertinence évidente quand le premier est complété par le reportage télévisé « Les Jeunes et le Cinéma » qui dresse le portrait de la cinéphilie populaire des années 60, où l'interview de Corneau dans Ciné 3 avec un sujet sur Richard Fleischer et son nouveau film... Mandingo, autre titre de la collection Make My Day !.

Liste des bonus : Préfaces de Jean-Baptiste Thoret (20'), France Société Anonyme revu par Jean-Claude Carrière et Pierre William Glenn (50'), Interview d'Alain Corneau et Richard Fleischer pour l'émission Ciné 3(9'), Hitler... connais pas revu par Frédéric Bas (60'), Interview de Bertrand Blier (51'), Les Jeunes et le Cinéma (28').

 
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2019