TIME AND TIDE
Seunlau ngaklau - 順流逆流 - Hong-Kong - 2000
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Time and Tide »
Genre : Action
Réalisateur : Tsui Hark
Musique : Tommy Wai, Jun Kung
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 cantonnais et français
Sous-titre : Français
Durée : 113 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 6 mars 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Time and Tide »
portoflio
LE PITCH
Tyler fait la connaissance de Jo dans le night-club où il travaille. Après une nuit de débauche, celle-ci tombe enceinte. Pour subvenir aux besoins de son futur enfant, Tyler devient garde du corps pour une agence privée. Au cours d’une mission, il sympathise avec Jack, un ancien mercenaire qui a refait sa vie avec la fille du chef d’une puissante triade hongkongaise. Bientôt, les deux hommes vont être recrutés dans les deux camps adverses…
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Chaos. De la théorie à la pratique.

Beaucoup n'y ont vu qu'une petite revanche de Tsui Hark à l'encontre de son ancien ami John Woo qui lui avait quelque peu volé la vedette, ou une sorte de jalousie envers Wong Kar Wai ou Johnny To devenus les chouchous de la critique internationale. Pourtant les clins d'œil un peu vachars à ses petits camarades ne sont qu'un détail dans le cyclone d'expérimentations et d'inventions qu'est Time and Tide, film somme aux airs de rébellion adolescente.

Comme beaucoup de ses camarades, Tsui Hark a tenté un temps l'exportation de son cinéma aux Etats-Unis, horizon si affriolant à l'orée de la rétrocession de Hong-Kong à l'empire Chinois. En résulte malheureusement deux curieuses séries B urbaines estampillées Jean-Claude Van Damme, dans lesquels celui qui aura été pendant deux décennies le maitre de l'industrie HK a tout de même réussi à imposer ses propres recherches esthétiques, maltraitant assez cruellement au passage l'icône belge. Des tremplins qui ne lui ouvriront pas les portes de la grande machine (là où John Woo se fera manger tout cru), mais vont venir nourrir son retour sur ses propres terres en 2000. Un véritable tournant pour un cinéma et une culture en passe de disparaitre, où le cinéaste opère, comme il le fait cycliquement, un droit d'inventaire d'autant plus légitime qu'il en a lui-même façonné une partie du visage, tout en se réimposant, clairement, comme le patron. En ce début de millénaire (ou fin du précédent) dans lequel les figures élégantes, fluides et virtuoses du cinéma chinois ont été largement pillées par Hollywood, l'auteur de The Blade, qui consistait déjà en une atomisation en règle d'un genre entier (le wuxiapian), rejette en bloque l'uniformisation de la trilogie Matrix, les ralentis pédants et autres bullet-time qui font jolis. Déjà has-been alors qu'il s'engouffre avec Time and Tide dans un film d'action totalement fou, sans limite, emporté par un mouvement ininterrompu, une caméra insaisissable qui brise un à un les murs de la convenance.

 

... wait for no man


Il s'était déjà amusé à traiter la cuisine ancestrale comme une épreuve martiale (Le Festin Chinois), ici c'est la ville Hong-Kong, décrite comme un enchevêtrement de béton désolé, et la vie de ses habitants en général, qui est devenu un combat désespéré devant la disparition de leurs libertés d'autrefois. En ouvrant et en concluant le métrage sur des citations de La Genèse revisitée par sa propre voix, Tsui Hark annonce l'élévation à venir de ce qui semble dans sa première bobine installer un scénario cousu de fil blanc : une romance impossible (elle est lesbienne), une amitié virile qui sera mise à mal, un gang venu du Brésil qui tente de s'imposer.... Tout cela va se retrouver emporté dans le cyclone d'un montage cut, brut, faisant cohabiter hors-champs, mouvements cinétiques, déplacements impossibles et arrêts sur l'image frappés (Hark a été marqué au fer blanc par Godard). Les perceptions du spectateur sont constamment bousculées, créant constamment une distanciation entre le réel et ce qui est visible à l'écran et donnant à l'ensemble du film l'apparence d'une seule et même séquence d'action inépuisable, frénétique, aux lisières de l'expérimentation filmique. On pense souvent aux tous premiers longs métrages du monsieur, connu aujourd'hui sous l'appellation Trilogie du Chaos, et en particulier à L'Enfer du chaos et son apocalypse contemporaine, mais la rage de la jeunesse sait laisser la place à la sagesse du vieux maitre (merci Kung Fu). Au milieu d'un chaos sans nom, d'un enchevêtrement de prouesses techniques culminant dans un assaut sidérant, et dangereux, sur la face d'une tour d'habitation, de duels plus glissants que volants, le metteur en scène réinstalle ses figures féminines (belles, indépendantes, pleines d'esprits), seules motivations réelles et valables à toute cette affaire de cris et de fureur.

D'où cette naissance digne d'un fantasme de Sam Peckinpah, en plein cœur de la bataille ou la jeune mère tire à tout va pour sauver sa progéniture. Une figure d'un espoir ironique certes, mais d'espoir tout de même, celui d'un cinéma en fin de vie qui vient de livrer l'un de ses plus beaux enfants dégénérés. Tsui Hark lui, appelait déjà à une renaissance nécessaire. Il faudra attendre une poignée d'échecs et une dizaine d'années avant de découvrir son retour en force avec le premier Détective Dee.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Comme de nombreux films hongkongais, et cela est souvent d'autant plus vrai avec ceux de Tsui Hark avant les énormes productions chinoises, le master d'origine a toujours affiché ses défauts naturels. Quelques spots toujours visibles, un grain de pellicule fluctuant, une définition qui oscille légèrement en fonction de l'utilisation ou pas de retouches en postproduction... Et comme le metteur en scène aime les cadres zoomés à l'extrême, transposer Time and Tide sur support HD a du ressembler à un sacré casse-tête. D'ailleurs Carlotta est le premier éditeur à avoir franchi le pas en s'efforçant de préserver le rendu violement cinématographique quitte parfois à rester assez loin des meilleurs standards actuels. Les gains sont cependant évidents avec un piqué bien marqué et une profondeur particulièrement creusée et surtout une colorimétrie largement plus pêchue que l'ancien DVD.

 


Son :
Tsui Hark n'a sans doute jamais autant travaillé sa bande son que sur Time and Tide et cela se ressent pleinement sur les deux pistes DTS HD Master Audio 5.1 réservées à la version originale mais aussi a un doublage français plutôt honorable pour une fois. Les sources sont d'une belle clarté, les dialogues équilibrés, la musique présente... Du moins tant que le metteur en scène ne s'amuse pas à l'écarter vivement au profit d'effets sonores inattendus ou s'emballe pour un déluge d'invasions arrières qui pourraient faire glisser le métrage vers l'expérience surréaliste. Atypique, comme si David Lynch se mettait au kung fu...

 


Interactivité :
Rejoignant la collection Prestige de Carlotta, Time and Tide montre que la collection prend enfin ses marques et réussit à allier une poignée de goodies plutôt sympathiques (affiches, lobby cards, dossier de presse...) avec d'autres bien plus pertinents (extraits de la revue Le Cinéphage et essai pointu d'Arnaud Lanuque), mais surtout en n'oubliant pas en cours de route les disques proprement dits. DVD et Bluray proposent donc à nouveau le commentaire audio en anglais de Tsui Hark, enregistré en 2002, où le metteur en scène s'efforce de maintenir l'attention du spectateur entre petites évocations techniques et anecdotes. Pas forcément son exercice préféré, on privilégiera alors pour une fois les interviews inédites de cinéphiles bien de chez nous. Le réalisateur Karim Debbache qui dresse essentiellement un portrait amoureux du film ; l'illustre Charles Tesson qui ouvre la conversation à la place de Hark et de Time and Tide dans l'histoire du cinéma HK ; Julien Carbon et Laurent Courtiaud, qui ont œuvré comme scénaristes sur quelques projets avec lui (mais seul Black Mask 2 aboutira) livrent un regard de l'intérieur sur la « méthode » Tsui Hark. Intéressants et complémentaires.

Liste des bonus : Commentaire audio de Tsui Hark (VOST), « Time And Tide » par Karim Debbache, créateur de la web-série « Chroma » (10'), « Action vérité » : entretien avec Charles Tesson (historien du cinéma) (20'), « Le Tout-Puissant » : entretien avec Julien Carbon et Laurent Courtiaud (réalisateurs et scénaristes) (24'), Bande-annonce
Le fac-similé du dossier de presse d'époque, Un livret exclusif de 28 pages (Fac-similé du dossier dédié à Tsui Hark dans Le Cinéphage n°13, « La Renaissance par le chaos », essai inédit par Arnaud Lanuque), L'affiche du film (40 x 60), 16 reproductions de lobby cards

 
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