ENTRETIEN AVEC ROMAIN BASSET, RéALISATEUR DE HORSEHEAD
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Le cinéma dans le sang

A l'occasion de la sortie en DVD le 9 novembre dernier du film Horsehead, nous avons posé quelques questions à son réalisateur et coscénariste Romain Basset. Film de genre marqué par la vision de son réalisateur, c'était l'occasion parfaite de discuter avec cet ancien de Freneticarts sur ce qui fait son cinéma, sa façon de travailler et sa vision du cinéma de genre en France.

J'ai noté des similitudes avec deux de tes courts-métrages précédents, Bloody Curent Exchange et Rémy. Comment t'es venue l'idée de Horsehead ? Est ce un prolongement de ce que tu développais déjà dans les courts ?
Si c'est le cas c'est absolument inconscient. Mais ce que tu dis est hyper intéressant et je serais curieux de savoir où tu vois des similitudes. L'idée du film est venue de cauchemars que je faisais (plus particulièrement de paralysie du sommeil) et de la volonté de faire un huis-clos dans la tête d'une jeune femme. Je trouvais le concept assez excitant et en accord avec notre économie. L'idée c'était de faire un film sur un personnage qui serait alité tout au long du film mais dont on suivrait les sorties mentales.

En fait les similitudes sont assez différentes suivant les courts. Pour Bloody... c'était plus artistique que thématique. J'ai trouvé que de nombreux plans, surtout au début de Horsehead, étaient très éclairés au centre du cadre et sombres sur les contours. Je pensais que tu cherchais à brouiller les pistes entre rêve/réalité, à montrer un état second, comme lorsque l'on se réveille et que l'on ne sait plus où l'on est. Pour Rémy, c'est différent. C'est plus le rapport familial entre un enfant et son grand-parent (rapport inversé dans Horsehead) qui m'a fait penser à un lien thématique.
Absolument d'accord avec tout ça. Bien vu.

A quelle étape dans l'écriture du scénario a débuté ta collaboration avec Karim Chériguène ?
Karim était là dès le début, je lui ai proposé cette idée, il a aimé le concept et le challenge d'écriture qu'il représentait et nous sommes partis sur ce concept.

Avec sa jeune protagoniste sujette à de nombreux troubles, la mère détestable et pas très nette, avec le montage également, on retrouve une certaine influence du cinéma italien à la Argento, sans pour autant perdre une identité qui t'est propre. C'est une influence volontaire ?
Absolument. Suspiria et Inferno ont été longtemps mes films de chevet. Ces films sont tellement particuliers, personnels, sensitifs qu'ils m'ont fait comprendre quand j'étais gamin en quoi consistait le boulot d'un réalisateur. Le travail sur l'échelle des plans pour susciter une émotion, cette idée d'image narrative, le jeu de la couleur hérité de l'art pictural, les possibilités de composition d'un cadre pour générer de l'intensité dramatique, le pouvoir de la musique également. Tout est là franchement pour apprendre ce que veut dire le mot cinéma et ce qu'il implique dans sa technicité.

Justement je trouve que tu fais partie d'une génération d'artistes qui arrive à revendiquer ses influences, sans donner dans le coup de coude référentiel, et à garder une signature personnelle très forte. Rien qu'en France/Belgique, on a Cattet et Forzani, Clément Cogitore, Julia Ducournau, toi....
C'était vraiment le but pour moi. Je sais que l'on est également une génération noyée par la vague des remakes mais aussi vachement portée sur la nostalgie, le revival 80's à tout va ou encore, à un autre niveau, l'hérésie que représente les fans films. J'ai beaucoup de mal avec ce genre de trucs. Ca ne m'intéresse pas des masses de me gargariser en regardant dans le rétroviseur. Après, ce qui est clair, c'est que le degré zéro de la création n'existe pas. C'est indispensable de se nourrir, de faire l'éponge, de digérer, de laisser infuser, de prendre du recul, puis de manger et manger encore du film pour comprendre comment ça marche. Pourquoi ça marche sur nous et pourquoi on a envie d'en faire. Et de quel droit on a envie d'en faire. Et je crois que les réponses à ces questions logent dans notre sensibilité. Moi j'ai grandi avec les films d'Argento, de Carpenter, ceux de la Hammer, et toutes ces bandes avalées ont forcément et très naturellement peu à peu taillé ma sensibilité. Mon goût. Mais au-delà de ça, pour Horsehead, quand il a s'agit d'écrire et de penser des images, j'espère (en tout cas j'ai fait en sorte de) l'avoir fait avec mon propre ADN.

C'est absolument le cas ! C'est en tout cas ce que je remarque dans cette génération qui arrive tout de même à se démarquer dans cette époque de remakes et de réapropriations de codes par facilité. J'ai lu que tu avais eu du mal à financer le projet, vu la frilosité française en matière de cinéma de genre. Comment s'est déroulé ta collaboration avec Arnaud (Grunberg) et Patrice (Giraud) de Starfix ? On a l'impression en voyant le film que ta création reste entière et sans concession. As tu du faire beaucoup de compromis ? En sachant que c'est leur premier film en plus.
Starfix (Arnaud et Patrice) ont tout bonnement sauvé le film. Sans Starfix le film n'aurait jamais vu le jour. Ensuite, oui, nous avons eu quasi carte blanche. Ils nous ont vraiment soutenu à tous les niveaux, financièrement comme artistiquement. Ils ont poussé pour avoir le meilleur avec notre budget ultra limité. Aucune concession n'a pas été constructive. Si des choses ont été modifiées par rapport à une envie ou intention de départ, c'était toujours pour la bonne cause. Lors du montage notamment où chaque plan que l'on te retire, tu le vis comme une amputation. Mais ça, ce sont les écueils du premier film. Je suis sevré maintenant! Mais c'est vrai, à l'époque, pendant la post prod, cela m'a pris du temps pour le reconnaître.

Deux des éléments essentiels au film, qui fonctionnent parfaitement, sont la photo et la musique. Quelle a été ton approche et ta façon de collaborer avec Vincent Vieillard-Baron et Benjamin Shielden ?
Je suis d'accord avec toi. Les apports de Vincent et de Benjamin ont dessiné l'âme du film. Je suis hyper fier de leur travail. De notre travail. Avec Vincent, on avait déjà bossé plusieurs fois ensemble et je pense que l'on se comprend. Même si les conditions ne nous permettent pas de faire ce qu'on veut en terme de lumière (c'est l'une des choses les plus chères sur un plateau), Vincent parvient toujours a injecter un cachet incroyable aux images. A traduire ce que j'ai dans les veines. Il est très fort. Avec Ben, au départ, on discutait beaucoup, puis j'ai appris à lui faire confiance. Il a amené beaucoup d'intelligence et d'originalité dans une BO que j'imaginais à la base relativement référentielle. Et c'est bien sûr pour le meilleur. Pour porter le film là où il devait aller.

Et avec les acteurs, on apprend déjà pas mal de chose dans les bonus du DVD, sur la façon dont tu as pu les caster, voir les intégrer dans le récit pour certains. Quelle est ton approche lorsque tu dois les diriger ? Leur laisses-tu des libertés ou préfères-tu tout maitriser ?
« Diriger » (je préfère « orienter ») les comédiens, c'est ce que je préfère. C'est là où tu partages vraiment ta sensibilité sur le plateau. Parce que pour le reste (lumière, déco, costumes) c'est un travail fait en amont. Mais la direction des comédiens, pour moi, c'est le coeur battant du tournage. J'adore ça. Pour ce qui est des libertés, finalement, j'ai eu plus souvent la question de ce qu'ils devaient faire, de ce que j'attendais qu'ils fassent (que ce soit Lilly, Catriona ou Murray, indifféremment) plutôt que des propositions en fait. Mais j'adorerais ça! Que l'on me propose des choses. Mais c'est vrai que qui dit petit budget dit pas beaucoup de prises et donc peu de place pour tester des choses. Malheureusement.

J'ai beaucoup apprécié, et je sais de connaissance commune (Le maquilleur David Scherer, qui a fait un travail formidable sur Horsehead) que lui aussi, que tu donnes un rôle sympathique à Philippe Nahon, alors que les spectateurs français sont trop habitués à le voir en méchant de service. C'était une évidence, une envie pour toi de le voir changer de registre ?
En fait j'adore Philippe. Je le considère comme un ami. C'est grâce à lui que j''ai pu faire mon premier court. Sa présence a motivé tout le monde et a permis au film de se monter. Tout cela avait un sens. Dans Horsehead, il y a bien sûr l'idée de le voir incarner le rôle d'un homme sympathique mais également celle de le voir jouer un prêtre et donc de figurer dans un contre emploi total par rapport à ce que l'on connaît de lui (de ses rôles j'entends) et d'un passif, comment dire... peu catholique !

En tout cas on ressent vraiment que les/tes acteurs sont prêts à tout donner, malgré comme tu l'évoques dans les bonus la faiblesse du budget, le tournage dans un coin paumé de la France... Tu as réussi à établir une relation de confiance dont le résultat est à l'écran.
Ca me fait plaisir ce que tu dis. C'était pour moi hyper important (d'autant plus qu'il s'agissait de mon premier film) que "ça joue juste". C'était vraiment l'un des objectifs principaux. Alors si ça se ressent à l'écran, j'en retire une belle fierté. Ils se sont vraiment impliqués et comme tu dis, ils ont tout donné, pour un petit film pas friqué mais avec un coeur gros comme ça. Voilà, c'est vraiment ça, tout le monde a fait preuve d'une incroyable générosité pour que ce film puisse voir le jour. Et comme tu dis, je trouve aussi que cela se sent.

C'est pour moi ce qui fait toute la différence. Tu as beau avoir le meilleur chef op', le meilleur dir artistique, compositeur....si les acteurs n'y croient pas, le spectateur n'adhèrera jamais.
Tout à fait d'accord!

Quelle est la suite aujourd'hui ? As-tu des projets en développement ? Toujours avec Starfix ? Regardes-tu vers l'étranger ?
Oui plusieurs projets. je vais d'ailleurs en présenter un à Tallinn à l'European Genre Forum. C'est un long-métrage que j'imagine en coprod internationale. Je ne crois plus au fait de faire du genre en France uniquement avec la France. Je n'ai plus la foi après ces quatre années de galère sur Horsehead. Mais il y a toujours des croyants! La preuve, une nouvelle boîte de prod, VIXEN, menée par trois mecs hyper motivés, a bien l'intention de perpétuer la prod de cinéma genre en France. Mais en coproduction avec l'international il me semble. Je vois pas comme ce serait possible de tout façon de se cantonner à la France pour le financement. De mon côté je développe également en France pour le coup un projet qui me tient à coeur, mais ce n'est pas à proprement du genre. Ça reste un cinéma impliqué et qui refuse l'inoffensif mais disons qu'il n'y aura pas de créature à tête de cheval dans celui-ci. Et c'est une série.

Ca promet ! Mais je suis assez d'accord avec toi sur la prod française. On a tendance à nous dire que l'on manque de talents, mais c'est faux. Merci beaucoup pour ta participation.
Merci à toi François.

On remercie Romain pour le temps qu'il nous a accordé et sa sympathie. Si vous voulez en savoir plus sur le film, notre critique est ici. Et n'hésitez pas à vous procurer son film. Les talents pour le cinéma de genre, nous les avons. Mais il n'y a qu'en regardant les films (de façon légale) que les producteurs hésiterons un peu moins avant de mettre la main à la poche. Remercions également Patrice Giraud et Arnaud Grunberg de Starfix Productions pour avoir permis à un film tel que Horsehead d'exister, ainsi que pour leur amour du cinéma de genre.

François Rey






































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