ENTRETIEN AVEC JOHN CARPENTER, à PROPOS DE DARK STAR
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Quand le boss parle...

De plus en plus rare sur les écrans et dans les médias, l'immense John Carpenter a tout de même pris un peu de temps pour répondre à nos questions à l'occasion de la sortie en France du Bluray de Dark Star son premier film. Peu loquace, mais direct, le cinéaste n'a pas bougé d'un iota : un vieux cowboy.

Dark Star avait été conçu comme un moyen-métrage d'étudiant. Comment a-t-il évolué pour devenir un long métrage de cinéma ?
Dark Star a d'abord été imaginé comme un projet pour l'USC, l'école de cinéma dans laquelle j'étudiais à l'époque. Je voulais simplement faire un court métrage narratif, une comédie de science-fiction influencée par 2001 L'odyssée de l'espace et Docteur Folamour. Le changement de durée n'a été envisagé, il me semble, que deux ans après le début du tournage. C'est un des membres de l'équipe, je ne sais plus qui, qui l'a suggéré à la vision d'une version de 45 minutes que l'on avait finalement achevé et monté.

Désormais, toutes les éditions de Dark Star proposent deux montages : la version cinéma et la version "Director's cut". Pourquoi le film est-il retourné sur la table de montage ?
Le director's cut devrait vraiment être appelé la "O'Bannon's cut". Je n'ai jamais vu cette version, mais pour le coup c'était vraiment son idée, et seulement la sienne. Il était profondément aigri à l'époque et voulait absolument couper certaines choses avec lesquels il n'était pas d'accord.

Dan O'Bannon est connu pour avoir eu un caractère très particulier.... Vous pouvez nous raconter un peu votre collaboration sur Dark Star ?
Dan et moi sommes devenus des collaborateurs privilégiés sur Dark Star. Il avait un tallent énorme... comme acteur entre autres. Nous avons tous les deux mis entre parenthèse quatre ans de notre vie pour réussir à mener ce projet jusqu'au bout. Nous aimions tout les deux profondément le cinéma. Et nous étions tous les deux assez impétueux et arrogants pour croire que l'on pourrait prendre un petit film d'étudiant et le transformer en un long métrage professionnel avec quelques bouts de ficelles.

Vous êtes l'une des rares personnes a ne pas avoir peur dans le métier de déclarer que Jack Nicholson est hilarant dans Shining. De plus, vous revendiquez Dark Star comme une parodie de 2001... Quelle est votre vision du cinéma de Kubrick?
Stanley Kubrick est un réalisateur séminal. J'aime véritablement son travail : The Killing, Docteur Folamour, Full Metal Jacket sont des œuvres brillantes. Mais c'est vrai qu'à coté de cela, je suis l'une des rares personnes à rester persuadé que Shining est une comédie. Et puis surtout, ce n'est absolument pas effrayant !

Lorsque vous avez commencé à travailler sur Dark Star, vous aviez déjà travaillé sur le court métrage The Resurrection of Bronco Billy, en particulier sur le montage et la musique. Mais Dark Star a clairement annoncé ce que la musique de film selon John Carpenter deviendrait : des compositions simples et cycliques sur synthétiseur, créant des ambiances très fortes et étranges. Comment avez-vous créé ce score? Comment vous décririez-vous en tant que compositeur?
En tant que compositeur, je suis rapide et pas cher.

Tommy Lee Wallace est crédité comme art director sur Dark Star. Quelques années plus tard il travaillera sur Halloween et The Fog et dirigera même le sous-estimé Halloween III. Surtout, il est l'un des membres du fameux groupe "The Coupe de Villes". Comment décririez-vous votre relation avec lui et qu'a-t-il apporté à votre carrière plus précisément?
Tommy Lee Wallace est mon ami depuis l'école primaire. On a joué ensemble dans notre premier groupe de rock 'n' roll à la Fac. Il a grandi à Bowling Green, Kentucky, exactement comme moi. J'ai toujours vu en lui de nombreux talents. Je crois que tout est dit.

Dark Star aura été votre premier succès et il a ouvert la porte à Assaut et Halloween. Comment voyez-vous cette « comédie spatiale » aujourd'hui ?
Je suis très partagé concernant Dark Star. C'est vraiment comme si une autre personne avait réalisé ce film. Et puis honnêtement, lorsque j'ai fini un film, je ne veux plus jamais le revoir.

Vos réalisations se font de plus en plus rares et les fans se sentent délaissés. Vos deux derniers films, Ghost of Mars et The Ward sont séparés de dix années... Avez-vous perdu votre intérêt pour la réalisation ? Est-ce l'industrie en générale qui vous a refroidie ?
Fabriquer un film requière de supporter une énorme quantité d'agressions et vous endurez un stress constant et oppressant. J'ai finalement réalisé, à mes 50 ans, qu'il fallait que je ralentisse le rythme.

Vous dirigez moins de films et vous semblez de plus en plus intéressé par les jeux vidéo. A tel point d'ailleurs que vous en avez même écrit un.
C'est mon fils qui m'a fait découvrir les jeux vidéo. Alors qu'il grandissait en y jouant, je l'ai peu à peu accompagné. Les jeux vidéo, bien conçus, bien travaillés, peuvent être un excellent challenge et une expérience particulièrement immersive. C'est très fun tout de même.

Aujourd'hui, presque tous vos films ont été remakés ou alors sont envisagés pour faire l'objet de futures reprises. New York 97 est censé être le prochain. Que pensez-vous de cette situation?
Je pense que cette situation est toute à mon avantage. Surtout quand ils me versent de l'argent à ne rien faire.

La scène finale de Los Angeles 2013 est l'une de nos favorites, alors que Snake allume une cigarette et laisse un monde affreusement politiquement correcte dans les ténèbres. Pensez-vous que, d'une certaine façon, la société que vous décrivez dans ce film ressemble de plus en plus à celle dans laquelle nous vivons actuellement ?
Tout à fait. Je partage totalement ce sentiment.

Nathanaël Bouton-Drouard














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