GRAND THEFT AUTO V (REMASTERED)
Etats-Unis - 2014
Image plateforme « Playstation 4 »Image plateforme « Xbox One »
Image de « Grand Theft Auto V (Remastered) »
Genre : Policier
Musique : Tangerine Dream
Développeur : Rockstar North
Durée : élevée
Langue : Anglais sous-titré en Français
Distributeur : Rockstar
Date de sortie : 18 novembre 2014
Jeu : note
Technique : note
Jaquette de « Grand Theft Auto V (Remastered) »
portoflio
bande annonce
site officiel
LE PITCH
Michael, un ex-braqueur de banques qui a coupé les ponts avec son ancien comparse Trevor, s'ennuie dans sa vie bourgeoise, dans les collines de Los Santos. Son quotidien va être bousculé par sa rencontre avec Franklin, un jeune black prêt à tout pour sortir du ghetto...
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The Master Remastered

Un peu plus d'un an après son passage remarqué sur Playstation 3 et Xbox 360, auxquelles il offrait un baroud d'honneur inespéré, Grand Theft Auto V revient sur consoles New Gen, prêt à défier les doutes et réticences d'un public lassé par une récente vague de remakes flemmards. Autant le dire de suite : la paresse est une notion étrangère aux équipes de Sam et Dan Houser.

 

Nous aurions pu republier ici la critique du jeu original telle quelle, en ne daignant modifier qu'une poignée de phrases. L'intrigue de Grand Theft Auto V n'ayant guère changé (les missions sont identiques, de même que les trois personnages et leurs dialogues fleuris), comment l'aventure aurait-elle pu être modifiée en profondeur ? Croyez-le ou non, si GTA V ne s'éloigne jamais de ses solides fondations narratives, l'expérience du jeu sur consoles New Gen, et en particulier sur Playstation 4, marque une rupture sans précédent avec les habitudes passées de Rockstar ; mieux, le soft semble bâtir une charpente pour ses lointaines séquelles, annonçant en filigrane des expérimentations folles pour les années à venir. N'allez pas comprendre que ce "remake" de GTA V ne se suffit pas à lui-même d'un point de vue ludique, bien au contraire. Techniquement sublimée, l'œuvre se pare aujourd'hui de textures entièrement remasterisées, de protagonistes, bâtiments et véhicules re-modélisés, et s'agrémente de toute une foule d'améliorations tantôt ostentatoires (la gestion hallucinante de la lumière et de la physique, l'augmentation du trafic routier et du nombre de piétons, le traitement photoréaliste de la végétation et de l'eau), tantôt subliminales (un exemple parmi un milliard : une bannière "à vendre" étendue sur un magasin n'était qu'une texture plaquée sur Old Gen ; il s'agit désormais d'un modèle géométrique à part entière, qui remue en fonction du vent !). En découle la sensation d'arpenter un univers incroyablement vivant, dynamique et complexe, jusque dans des intérieurs (appartements, maisons, chambres, magasins) dont la richesse visuelle et la résonnance narrative rendrait jaloux le meilleur Production Designer hollywoodien.

 

Un nouveau monde

 

Le transfert des sauvegardes de l'ancienne vers la nouvelle génération n'étant réservé qu'au mode Online, sur lequel nous ne nous étendrons pas ici, l'idée de devoir parcourir de nouveau l'intégralité de la campagne solo et d'abandonner derrière soi des dizaines d'heures de méfaits en tous genres aurait pu refroidir les fans. A cet égard, la nouvelle vue à la première personne aurait pu passer pour une maigre consolation, si, justement, cette option ne redéfinissait pas de fond en comble non seulement les principes de la saga de Rockstar, mais aussi et surtout les codes du First Person Shooter, genre malade emprisonné depuis bien trop longtemps dans une logique de blockbuster linéaire et sur-scripté. Il faut ici distinguer un fait important : quand un développeur entreprend de réaliser un jeu d'action en vue subjective, son Game Design est la conséquence de son angle de vue. Et en toute logique, l'angle de vue en vient à dicter la mise en scène et à la limiter dans un espace et une temporalité bien définis. La vue à la première personne de GTA V, à l'opposé, est une conséquence parmi d'autres de son univers complexe ; un outil de plus à l'actif de sa sidérante mise en scène. En cela, l'expérience subjective du jeu n'a pas grand chose à voir avec celle d'un Call of Duty ou d'un Battlefield, puisqu'elle doit absorber l'intégralité d'un système de jeu supposément incompatible avec les conventions du First Person Shooter. Si l'on enchaîne effectivement ici les gunfights les plus épiques, ceux-ci ne sont plus au centre des attentions. Au contraire, ils s'entremêlent avec tous les autres éléments du jeu avec une fluidité sans précédent, avec pour seules limites les frontières d'une carte réellement gigantesque. On se surprend dès lors à effectuer en vue subjective des mouvements jusqu'alors réservés aux jeux à la troisième personne : roulades, sauts très périlleux de toits et toits, vols de voiture au réalisme étourdissant, poursuites à vélo ou à moto, mano-a-mano complexes, etc. Avec, toujours, une prise en compte saisissante du poids du corps (tomber du haut d'un immeuble ne se fait pas à la verticale avec un personnage droit comme un "i", comme dans un FPS classique), et une inventivité constante du côté des animations visibles (mains, armes, jambes, etc.).

 

Full Life

 

Choc esthétique de tous les instants, GTA V version Redux se double donc d'une expérience immersive totalement historique, son nouveau point de vue à hauteur d'homme ayant pour effet bénéfique de rendre l'univers décrit encore plus vertigineux qu'il ne l'était déjà sur PS3 et 360. Rappelant en termes de sensations le premier Half-Life en 1998, cet apport considérable n'est sans doute que l'aboutissement des recherches de Rockstar depuis les premiers épisodes ; ayant toujours dû s'adapter à des contraintes techniques assez cruelles, sans toutefois entamer l'ambition de ses bacs à sable, les développeurs ont enfin eu les moyens de lier l'infiniment grand à l'infiniment petit, sans transition apparente ni bug rédhibitoire. Parfaitement jouable à 99,9% dans sa version subjective (on pourra de toute façon changer de perspective par la simple pression d'une touche, à tout moment), GTA V a dès lors tout du rêve éveillé de Hardcore Gamer, en plus d'offrir l'expérience virtuelle la plus accomplie à ce jour, toutes formes d'expressions artistiques confondues. Pour faire mieux avec GTA VI, les frères Houser n'auront plus qu'à modéliser l'intégralité d'un continent.

Alexandre Poncet









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Oubliez tous les débats autour du framerate bloqué par Rockstar à 30 images par seconde, contre les 60 attendues sur consoles New Gen. Si l'on excepte quelques très, très, très rares ralentissements, Grand Theft Auto V est un prodige sur Xbox One, et un petit miracle sur Playstation 4, dont la Dualshock est pour une fois utilisée à bon escient (les conversations téléphoniques et les ondes de la police sont émises par le haut parleur de la manette, la barre de couleurs vire au gyrophare pendant les poursuites... L'effet est franchement grisant !).

 

Impossible de ne pas répéter ici ce que nous avons développé dans l'encadré critique : le niveau de détail tient ici du jamais vu dans un jeu vidéo de cette envergure, bâti sur un gigantesque monde ouvert. Les textures ont dans leur ensemble été retouchées à l'occasion de cette remasterisation, et c'est peu dire que cela se voit : aussi près que l'on se tienne d'un élément de mobilier, d'un véhicule, d'un personnage, d'un vêtement, d'un rideau, d'un buisson, tout est criant de vérité, d'une finesse totalement folle, et rehaussé d'effets de relief parfaitement maîtrisés. La gestion des effets visuels, des changements météorologiques (il faut voir les gouttes d'eau s'écraser au sol, et le bitume se recouvrir progressivement de flaques), du cycle jour / nuit ou tout simplement de la lumière enfonce le clou : lors de certaines séquences, à véhicule ou à pied, que l'on soit bloqué dans un embouteillage monstrueux ou perdu dans une zone industrielle malfamée, les panoramas sont à ce point réalistes que le spectacle en devient troublant.

 

Une traînée de boue reflète le ciel à la perfection, et des personnages y laissent leurs empreintes, le soleil s'immisce dans une chambre à travers les embrasures d'un volet, de sublimes vagues s'écrasent contre une plage désormais constituée d'un sable fin et de microscopiques cailloux, des terre-plein recouverts d'une herbe touffue décorent les quatre coins de la ville, un chat sort d'un parking en miaulant, un camion s'arrête dans une ruelle pour livrer un colis, une passante obèse dévore son donut en discutant au téléphone... Dans le ciel, le ballet des boeings et des hélicoptères est permanent, altérant la course des nuages, tandis que des yachts et bateaux de plaisance voguent constamment autour de Los Santos, poursuivis par une faune sous-marine beaucoup plus détaillée qu'auparavant. Pour peu que l'on possède un téléviseur relativement grand, le sentiment d'immersion procuré par chaque image du jeu tient de l'inédit. L'univers de GTA V respire, évolue en temps réel, de façon dynamique, permettant au joueur d'arpenter des chemins tangibles d'un bout à l'autre de la carte, en forêt, en mer, en montagne, dans le désert, en zone urbaine, et on en passe. Finalement à peine entrevu sur PS3 et Xbox 360, ce monde existe enfin, palpable sous toutes ses coutures, et invitant perpétuellement à l'exploration, à l'aventure et à l'audace. Les frères Houser avaient promis de ne pas se moquer des attentes des joueurs avec ce portage New Gen ; mine de rien, ils viennent surtout de faire avancer d'un très grand pas l'art du Jeu Vidéo.

 
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